LUXEMBOURG
AUDREY SOMNARD

L’innovation luxembourgeoise se met au service de la lutte contre le Coronavirus

L’épidémie n’épargne personne, mais pour certaines entreprises, c’est également une occasion de mettre leur innovation au service du bien public. Les entreprises luxembourgeoises sont appelées à déployer leurs trésors d’ingéniosité et ainsi proposer leurs derniers outils. Qu’ils soient aboutis ou en période de test, cette période exceptionnelle est paradoxalement propice à tester et essayer ce qui n’avait jamais été fait auparavant. Ainsi Patrick Kersten, le fondateur de Doctena a ajouté une nouvelle corde à son arc en fin de semaine dernière. Alors que Doctena était jusque là un outil de prise de rendez-vous, afin d’alléger le travail du secrétariat et faciliter la vie des patients, il est devenu également un outil de téléconsultations.

L’innovation n’est pas révolutionnaire en terme technique, mais elle va épargner le déplacement à des milliers de patients, et ainsi protéger malades et médecins en pleine épidémie. Remboursée par la CNS et intégrée au système qu’utilisent déjà les médecins, la téléconsultation devrait rapidement rentrer dans les moeurs et devenir une alternative au cabinet médical pour certains patients qui n’auraient besoin que d’un renouvellement d’ordonnance ou qui présenteraient des symptômes de Covid-19.

Doctena a dû ainsi dû bousculer son agenda pour proposer un nouveau service utile à la population. En période de confinement, les téléconsultations peuvent désengorger les salles d’attente et éviter ainsi aux malades de se contaminer entre eux. Pour les médecins, c’est un confort d‘éviter certains patients à risque.

Ce sont effectivement les personnels de santé qui sont en première ligne pour combattre cette pandémie. Les capacités des hôpitaux vont être mis à rude épreuve, tandis que les médecins et infirmiers ont besoin de protection. MPG (Molecular Plasma Group) propose une solution innovante pour stériliser les équipements de protection personnelle des professionnels de santé avec un agent antibactérien et antiviral.

Plus de questions que de réponses

Des institutions comme le LIST, les universités de Louvain, Virton ou encore Rioja sont des utilisateurs et ont permis de tester le produit. «Les réponses ont été positives jusque-là, mais nous sommes activement à la recherche de partenaires dans le domaine biomédical pour avancer», raconte le fondateur Marc Jacobs, qui estime être dans la capacité d‘équiper les hôpitaux luxembourgeois dans quelques semaines, le temps de valider la technologie. Encore à temps pour agir lors de cette crise sanitaire. Même si ce dernier avoue avoir encore plus de questions que de réponses aujourd’hui, sa technique de stérilisation a de gros avantages: «Cela permettrait de réutiliser les masques de protection qui sont parfois en pénurie. Aujourd’hui les techniques sont limitées, une petite quantité de masques peut être stérilisée en même temps, et surtout le matériel est dégradée. Notre technique permet de stériliser à plus grande cadence, et ceci sans dégrader le matériel». Mais l’entrepreneur, qui est en contact avec les différents ministères impliqués dans la gestion de crise, insiste sur le volet financier de la crise: «Nous n’y arriverons pas seuls, le gouvernement va devoir soutenir ces initiatives innovantes pour arriver à des résultats».

Pour soulager les hôpitaux et les médecins, les autorités insistent sur la nécessité du confinement afin d’aplatir la courbe. Si les malades n’arrivent pas tous en même temps, mais sur une période plus longue, les hôpitaux seront moins surchargés, et donc les malades auront plus de chance de s’en sortir. La logique est implacable. Mais pour cela, il faut stopper la propagation du virus.

La start-up BondWeaver s’attèle à utiliser l’intelligence artificielle pour mieux cibler les connections entre employés. Le directeur Gáspár Kocsis estime que son outil peut être mis au service des autorités: «Nous pouvons établir un réseau de confiance, en interrogeant les patients et en retraçant toutes leurs interactions. Nous pouvons ainsi produire une carte et établir les connections pour cibler les personnes à risques». L’intelligence artificielle connecte les chaînons et permettrait aux autorités d’avoir une meilleure «carte» en temps réel de l‘épidémie. BondWeaver a émis une proposition officielle vendredi dernier aux autorités afin de mettre gratuitement ses services à disposition de l’Etat luxembourgeois. Une proposition qui n’a pas encore retenu l’attention des différents ministères.