METZ
JEAN-PIERRE COUR

Le maître du clair obscur a disparu des radars deux siècles durant - L’enquête se poursuit en Moselle

Le conseil départemental de la Moselle présente en ce moment et jusqu’au 20 septembre une nouvelle exposition temporaire «Georges de La Tour: Retour à la lumière» au Musée départemental Georges de La Tour de Vic-sur-Seille.

Cette exposition démontre, à partir des écrits de Dom Calmet en 1751, comment des enquêteurs érudits, archivistes et historiens de l’art des XIXe et XXe siècles ont tenté de résoudre l’énigme de la «disparition» du peintre mosellan vieille de deux siècles. Alors que le Roi de France, Louis XIII, encense le peintre et que ce dernier devient la coqueluche du monde de l’art au XVIIe, dès le début du XVIIIe siècle, on ne parle plus de lui: «Pourquoi un artiste tombe dans l’oubli et finalement, qu’est-ce qu’un chef d’œuvre?», s’interroge Patrick Absalon, responsable du musée Georges de La Tour

On connaît aujourd’hui un quarantaine d’œuvres du peintre dans le monde. Cinq se trouvent encore en Lorraine dont deux au musée de Vic-sur-Seille: «St Jean-Baptiste au désert» et un profil de «Ste Anne». Il y a donc aujourd’hui quatre toiles visibles à Vic puisque le visiteur peut y découvrir en plus «Le nouveau né», appelé aussi «La Joconde de la Bretagne», prêtée par le musée de Rennes et «Le reniement de St Pierre» venant lui de Nantes. À l’appui de documents et d’ouvrages anciens et précieux, cette exposition restitue le chemin qui a permis de remonter la piste «La Tour».

Alexandre Joly, l’un des enquêteurs, s’intéresse au peintre et en 1863 publie un article sans avoir connaissance du moindre «visuel», et ébauche une biographie tout en faisant appel aux chercheurs du futur.

Un enquêteur têtu

Ensuite, en rapprochant plusieurs tableaux des musées de Rennes et de Nantes, dont «Le Reniement de saint Pierre» et «Le Nouveau né», c’est Hermann Voss, l’historien de l’art allemand qui lève le lièvre et attribue définitivement la paternité des deux chefs-d’œuvre au maître des nuits.

Hermann Voss (1884-1969) est l’adjoint du directeur du musée de Leipzig avant d’être nommé directeur du musée des Beaux-arts de Dresde. Dès le début de ses études, il s’intéresse aux problèmes des peintres et des artistes méconnus ou n’ayant que peu d’intérêt aux yeux de leurs contemporains. Ses recherches le mènent en 1912 à visiter certains musées français et à en étudier les collections. Le hasard le conduit devant «Le Reniement de saint Pierre» et «L’Ange apparaissant à Saint Joseph» au musée des Beaux-arts de Nantes. Leur restauration venait de faire apparaître une signature le mettant sur les traces d’un artiste inconnu: Georges de La Tour.

Quelques jours plus tard, c’est à Rennes qu’il reste admiratif devant le «Nouveau né», considéré à l’époque comme étant de la main d’un peintre vaguement espagnol du XVIIe siècle ou encore de l’entourage des frères Le Nain. Très rapidement, il compare les trois tableaux et les place sous la même signature. C’est une étape importante dans cette enquête qui patinait. Mais ce n’est qu’en 1915, après avoir complété ses recherches, que l’historien publie dans les «Archiv für Kunstgeschichte» l’article révélant au public le nom de Georges de La Tour.

Cependant, cette découverte est neutralisée par le conflit qui oppose à cette époque la France à l’Allemagne. Aujourd’hui, de nombreuses zones d’ombre entourent le peintre.

A-t-il rencontré Le Caravage? A-t-il été en Italie? Sans doute existe-t-il encore nombre de toiles? Comment distinguer un vrai d’un faux La Tour? Les recherches, bizarrement, sont encore à faire. Attendons!


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