LUXEMBOURG
CATHERINE KURZAWA

Pour la sophrologue Anne-Claire Delval, il n’y a pas de recette universelle à la récupération d’un burnout

Anne-Claire Delval est formelle: on ne guérit pas d’un burnout mais on récupère. «On ne reviendra jamais comme avant parce que ce qu’on avait avant nous a mis dedans», pointe cette sophrologue active dans la gestion de l’épuisement professionnel. Le point fort de la sophrologie? Cette méthode s’adapte à chaque personne. Ainsi, certaines techniques sont davantage utilisées chez les uns plutôt que les autres, afin de répondre au mieux aux besoins des patients. Qu’il s’agisse du travail sur la respiration, de la conscience du corps ou encore de travailler sur l’intuition, la palette est variée. «Il n’y a pas une façon de sortir du burnout: le processus est long mais les voies sont multiple», ajoute Anne-Claire Delval.

Une reprise à encadrer

La professionnelle estime qu’il faut au moins un an pour sortir d’un burnout. Un processus long qui nécessite un suivi, de même que la phase ultérieure marquée par un retour aux activités professionnelles. A ce propos, elle préconise de ne pas revenir au même poste mais se diriger vers un nouvel environnement professionnel. Et de souligner que sportifs et personnes atteintes d’un burnout partagent un point commun: «La phase de récupération est aussi importante que la phase d’action».

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Photo: Shutterstock - Lëtzebuerger Journal
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Suivi ambulatoire

Les personnes en risque de burn-out peuvent s’adresser au programme Protea


Le programme thérapeutique de l’épuisement émotionnel en ambulatoire (Protea), une prise en charge du «GesondheetsZentrum» de la Fondation Hôpitaux Robert Schuman, existe maintenant depuis près de deux ans. C’est la seule formule de ce type dans le pays avec une équipe multidisciplinaire qui permet un suivi sur une période de douze semaines. Des techniques de relaxation sont proposées pour des personnes qui veulent prévenir des états plus sérieux, ainsi que des séjours à l’étranger. Cette formule de suivi en ambulatoire permet de combiner les séances avec un congé thérapeutique. Pour Gilles Michaux, psychologue au sein de Protea, la prise en charge, en groupe de 10 personnes ou en individuel est adaptée selon chaque personne: «Certains ont des problématiques complexes qui vont au-delà du burn-out, cela nécessite un suivi spécifique qui est diagnostiqué dès le départ pour ne pas perturber les groupes», qui sont envoyés par les services psycho-sociaux ou encore les départements de ressources humaines. Si traditionnellement les professions médicales et sociales sont particulièrement touchées, le secteur bancaire n’est pas en reste au Luxembourg. Mais avec seulement trois sessions par an et dix personnes maximum par groupe, il faut prendre son mal en patience et compter un délai d’attente de 4 à 5 semaines en moyenne. Une prise en charge supplémentaire du «GesondheetsZentrum» qui se focalise sur le stress et l’aspect psychologique. Côté remboursement, si la CNS ne reconnaît pas encore le burnout comme maladie, des assurances comme la CMCM ou certains contrats de Foyer ou encore Medecis proposent un remboursement partiel du volet thérapeutique. Des discussions sont sur le point d’aboutir pour les séances chez le psychologue: «La CNS pourrait prendre en charge les coûts d’une thérapie, ce qui allégerait la facture pour les patients», explique Gilles Michaux. AS

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Un traumatisme au travail peut avoir des conséquences psychiques sévères

«Je me suis surinvesti sur cette mission»

Jeremy (*) travaille dans le secteur financier. Il y a quelques années, suite à un grand projet qui se présente à lui, il décide de s’attaquer à ce challenge. «Alors que je pensais avoir fait le tour de la question et envisageais de changer de poste, cette nouvelle mission m’a fait rester». Mais il finit par en payer le prix fort. Cette mission inclut des voyages, de grosses responsabilités qu’il assume, seul. «Je ne sentais pas d’intérêt et encore moins du soutien de ma hiérarchie. Mon manager a été brutalement muté, je me suis surinvesti sur cette mission», raconte-t-il. Pendant huit mois, il travaille d’arrache-pied: «C’était un projet très complexe, je travaillais énormément. Les deux dernières semaines, je ne dormais que deux à trois heures par nuit, avec le recul je pense que je tenais grâce à l’adrénaline». Au terme de ce marathon, sans aucun soutien de la direction, Jeremy s’effondre alors que le projet a été mené à bien. «Un collègue m’a vu et a immédiatement compris que ça n’allait pas. Deux heures plus tard, j’étais à l’hôpital». Finalement c’est deux semaines d’hospitalisation où Jeremy est en plein délire. Il reprend le travail avec un mi-temps thérapeutique, bourré d’antipsychotiques. Mis au placard, certains collègues se plaignent de son comportement: «J’effectuais des tâches simples, sans soutien de la direction. Le pire dans cette histoire c’est que je n’ai eu aucun merci pour mon travail effectué». La reprise est difficile, mais au bout de trois mois il reprend à plein temps. Après plusieurs mois d’errance thérapeutique, le diagnostic tombe. Jeremy est bipolaire. Il enchaîne crises et hospitalisations: «Je ne saurai jamais si la maladie se serait déclenchée quand même, mais cet épisode intense au travail aura certainement été le déclencheur». Aujourd’hui toujours employé dans sa société, Jeremy a changé d’équipe et s’est stabilisé. Il va mieux et fait des projets d’avenir. AS

(*) Le prénom a été changé