LUXEMBOURG
CATHERINE KURZAWA

Rencontre avec Artur Sosna, le président de la Chambre de Commerce Luxembourg-Pologne

Artur Sosna a créé il y a six ans un club d’affaires entre le Luxembourg et la Pologne. Au fil des évènements, le membership s’est étoffé avec 40 entreprises et 50 membres privés. D’un vecteur de networking, l’organisation s’est institutionnalisée et a changé d’identité pour devenir la «Luxembourg-Poland Chamber of Commerce» (LPCC). Polonais expatrié au Luxembourg, Artur Sosna participera à la mission de la Chambre de Commerce. Il fait le point sur les relations d’affaires entre deux pays très complémentaires à ses yeux.

Photo: Editpress/Claude Lenert - Lëtzebuerger Journal
Photo: Editpress/Claude Lenert

Quels sont les atouts de la Pologne en tant que partenaire d’affaires ?

ARTUR SOSNA Le plus important, c’est que la Pologne est dans l’Union européenne. Cela minimise les risques potentiels. Parce qu’on a les lois de l’UE. C’est un gage de fiabilité. Deuxièmement, c’est un très grand marché dans lequel on peut vendre beaucoup vu le nombre élevé d’habitants, 38 millions. Troisièmement, il existe un vol direct d’une heure 45 minutes entre Luxembourg et Varsovie. Et le gros des affaires se fait, comme dans beaucoup de pays, dans la capitale. Mais pas que. La Pologne est plus diversifiée avec Wroclaw, Cracovie, Gdansk au nord, Poznan à 150 km de Berlin seulement.

Il existe en Pologne un rejet prononcé de l’Union européenne et de ses institutions dans l’opinion publique et le paysage politique. Estimez-vous que cela constitue une menace aux relations d’affaires entre Varsovie et Luxembourg?

SOSNA D’abord, heureusement nous ne sommes pas politiciens. Nous sommes dans les affaires où les choses n’évoluent pas forcément comme dans la politique. Ensuite, on voit cela aussi en Italie ou dans d’autres pays. Je ne veux pas diminuer l’importance de la crainte d’un impact sur les affaires mais par contre, je pense que la politique  reste entre les mains des hommes politiques et parfois est décorellée du monde des affaires. Et les affaires en revanche se développent très bien en Pologne et cela, peu importe qui soit au pouvoir. Nous avons une croissance de 5% cette année. Si on prend les statistiques européennes, la Pologne est le 3ème pays européen où le chômage est le moins élevé à 3,5%, derrière l’Allemagne et la République tchèque.

Le développement économique de la Pologne est-il lié à son entrée dans l’UE en 2004 ou bien le phénomène est-il plus ancien?

SOSNA Depuis 27 ans, la Pologne est en croissance. C’est le 2ème pays au monde, après l’Australie, qui a la plus longue croissance ininterrompue. L’Allemagne et le Luxembourg ont connu une interruption de leur croissance en 2008 et en 2009, pas la Pologne. Même pendant la crise, la Pologne était le seul pays européen à ne pas connaître la récession. Donc, 2004 n’a pas été le momentum mais il remonte à 1991.

Pourquoi le pays n’a-t-il pas connu une crise économique comme les autres en 2008?

SOSNA Je pense que le système financier a été bien encadré, c’était très strict en Pologne. Je constate qu’ailleurs en Europe, l’argent a été facilement distribué. Ce n’est pas le cas en Pologne où on a toujours regardé à chaque dépense. De la sorte, cela a permis de limiter les risques de défaut de paiement.

Cette mission de la Chambre de Commerce en Pologne est-elle la première du genre?

SOSNA Non, d’autres missions ont déjà eu lieu dans le passé mais souvent à Varsovie. A mon souvenir, je n’ai jamais vu de mission de la Chambre de Commerce au sud de la Pologne par exemple.

Quel est le potentiel d’affaires entre le Luxembourg et la Pologne, y a-t-il un ou des domaines d’activités où il existe des atomes crochus?

SOSNA Oui. La finance, c’est clair cela perdurera encore pendant des années, je pense surtout aux fonds d’investissement. Ensuite, c’est la logistique à savoir les transports aériens, routiers et  maritimes. Il y a l’IT aussi, l’automotive où la Pologne a une longue tradition de production automobile, complémentaire à la présence au Luxembourg d’équipementiers tels que Goodyear ou Delphi. Et puis il y a les biotechnologies et le domaine spatial. La Pologne compte une vingtaine de sociétés qui gravitent autour de SES Astra, qui sont soit déjà sous-traitantes soit sont en phase de prospection. Nous avons la technique et on peut vendre à SES Astra. Désormais, avec l’Agence spatiale luxembourgeoise (LSA), le potentiel est décuplé.

Qu’attendez-vous de cette mission de la Chambre de commerce?

SOSNA Plus de business et plus de visibilité du Luxembourg. Hors de Varsovie, si on demande aux gens dans la rue s’ils connaissent le Luxembourg, c’est rare qu’ils l’associent avec autre chose qu’un paradis fiscal. Et c’est dommage.

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Start-up

Le 13 décembre, la LPCC organise une conférence à la Chambre de Commerce de Luxembourg qui mettra à l’honneur des start-up polonaises actives dans les domaines de la fintech et de la regtech. Soigneusement sélectionnées par la LHoFT pour l’originalité de leurs produits et services et leur complémentarité avec l’écosystème luxembourgeois, les dix jeunes pousses retenues pourront se présenter devant un parterre d’investisseurs et de «business angels» pour poursuivre leur développement en se positionnant au Luxembourg. Des experts et des représentants politiques polonais et luxembourgeois seront également de la partie.
tinyurl.com/LPCCconference