LUXEMBURG
CLAUDE KARGER

BGL BNP Paribas: résultat 2014 en hausse dans un environnement difficile

BGL BNP Paribas est une banque en «mode développement» comme l‘a souligné hier le président du comité de direction, Carlo Thill, lors de la présentation des résultats 2014 de l‘institution. Un développement notamment matérialisé par le projet d‘agrandissement de son quartier général du Kirchberg: le 15 janvier dernier, après moins de deux ans de travaux, la pose du bouquet a eu lieu sur les deux bâtiments supplémentaires qui abriteront dès le premier trimestre 2016 quelque 3.000 collaborateurs du groupe BGL qui en compte quelque 4.200 au total. Investissement total: quelque 200 millions d‘euros. Mais le développement s‘observe aussi au travers du réaménagement progressif des 40 agences de la banque, de nouvelles applications digitales et de nouveaux services. Sans parler de tout ce qui bouge en interne: comme toutes les banques, la BGL BNP Paribas a entamé il y a quelques années déjà un repositionnement en vue du nouvel environnement réglementaire qui pointait dès 2011, lorsque l‘abandon à terme du secret bancaire était devenu une certitude et que la route vers une place financière totalement transparente était tracée.

Les UHNWI en ligne de mire

Un processus lourd pour les institutions financières. La BGL BNP Paribas l‘a bien maîtrisé. «Nous avons complètement transformé notre modèle», explique Carlo Thill à propos de la gestion de fortune qu‘il qualifie de «moteur diesel» de la banque pour son développement à l‘international. Un dispositif dédié aux «Ultra High Net Worth Individuals» (les UHNWI avec des fortunes au-dessus de 25 millions d‘euros) a notamment été mis en place, de même que des desks spécialisés pour des clients un peu moins fortunés. La clientèle UHNWI aurait progressé de 18%, a indiqué la banque hier, ces entrepreneurs internationaux représenteraient désormais plus de la moitié des avoirs sous gestion. Evident que les banquiers privés de BGL BNP Paribas ont dû s‘adapter aux exigences de ces clients et participer notamment à une vaste opération de formation continue. «Nous sommes prêts pour l‘avenir», s‘est réjoui Carlo Thill en pointant les investissements considérables à tous les niveaux.

Les autres métiers de la banque se sont eux aussi bien développés. En matière de banque de détail et des entreprises, moteur du développement de BGL BNP Paribas, une croissance des encours de crédits de 1,4% a été enregistrée, surtout grâce à une bonne progression des crédits immobiliers. Quant aux dépôts, ils ont bondi de 3,6% en raison notamment d‘une collecte importante auprès des entreprises,

Un signe positif pour la banque, mais pas forcément pour l‘économie, comme l‘a souligné Carlo Thill: car si les entreprises augmentent leurs dépôts, cela peut signifier qu‘elles investissent moins dans leurs moyens de production. Bonne tenue aussi de l‘activité «Corporate and Investment Banking», un métier fortement impacté par les nouvelles réglementations visant à réduire le risque systémique et à renforcer la solidité des banques. Si les activités bancaires ont généré quelque 265,5 millions d‘euros de résultat net part du groupe en 2014 - le total se situant à 342,5 millions - BNP Paribas Leasing Solutions y est pour 60,5 millions d‘euros. Cette entité finance le leasing d‘équipements et de solutions technologiques dans de nombreux pays en Europe et dans le monde en collaboration directe avec de grands équipementiers.

Au bout du compte, BGL BNP Paribas affiche pour 2014 un produit net bancaire de 1.346,8 millions d‘euros, en léger recul par rapport à l‘année précédente. Un recul attribuable aux taux d‘intérêt historiquement bas, mais aussi aux effets de nouvelles réglementations. Les frais de gestion sont stables et maîtrisés et ont même pu être réduits de 6% en comparaison annuelle. Si les dépenses courantes ont été à la baisse, les investissements dédiés à l‘amélioration de l‘efficience opérationnelle ont été augmentés.

Un dividende de 59,5 millions d‘euros pour l‘Etat

«Même si le contexte à été peu porteur, nous avons pu réaliser un bon résultat en comparaison avec les années récentes», a souligné le CFO Carlo Lessel, pointant des fonds propres réglementaires de 5,2 milliards d‘euros pour une total bilantaire de 41 milliards. Avec un ratio de solvabilité élevé de 22,8%, la BGL BNP Paribas se situe largement au-dessus du minimum réglementaire de 10,5%.

Vu la performance du groupe en 2014, le conseil d‘administration réuni hier matin a décidé le versement de dividendes de près de 174,9 millions d‘euros (+6% comparé à 2013), dont 87,4 millions à BNP Paribas Fortis, qui détient 50% des actions plus une dans BGL BNP Paribas, 59,5 millions à l‘Etat luxembourgeois (34% du capital) et 27,9 millions à BNP Paribas (15,96% du capital). Interrogé sur la participation de l‘Etat dans la banque - il a été évoqué à plusieurs reprises par le passé que l‘Etat n‘avait pas vocation à rester éternellement actionnaire de la BGL - Etienne Reuter a confirmé qu’une sortie n‘était pas à l‘ordre du jour. Quant aux perspectives pour 2015, les dirigeants sont optimistes. Un certain nombre de lourds chantiers auraient pu être clôturés. «Nous sommes dans un mode où nous pouvons nous développer», a conclu Carlo Thill. Un mode que la relance de l‘économie en Europe viendrait sans doute soutenir.