LUXEMBOURG
SANDRINE GASHONGA

L’indignation a atteint un nouveau pallier après qu’un policier ait tiré sept fois sur Jacob Blake, un Afro-Américain de 29 ans, qui se trouve à présent entre la vie et la mort à l’hôpital Froedtert de Milwaukee. Ce drame et les réactions qui ont suivi sont l’occasion de faire une mise au point sur le sens de la lutte contre la négrophobie en particulier, et contre le racisme en général. Sandrine Gashonga, militante afroféministe et présidente de «Lëtz Rise Up»:

«Chaque personne noire qui décède aux mains de la police est le rappel de la cruauté du racisme systémique. C’est aussi le rappel du fait que les inégalités sociales entre les noir.es et les blanc.hes sont tellement grandes, que la justice sociale et l’amélioration des conditions de vie des Noi.res ne peuvent reposer sur la volonté d’action individuelle des personnes blanches.

Or, l’antiracisme mainstream qui domine le débat à l’heure actuelle ne fait que promouvoir les concepts tels que la reconnaissance du privilège blanc au niveau individuel, la volonté pour les Blanc.hes d’adopter le statut d’allié.es ou complices dans la lutte antiraciste, ou la promotion et la célébration de la visibilité de personnalités Noir.es dans les sphères où on peut les compter sur les doigts de la main.
C’est ce que l’activiste afroféministe française Fania Noël (Militante panafricaine afroféministe haïtienne et autrice de Afro-communautaire, appartenir à nous-même, Paris, Éditions Syllepse, 2019) nomme le “quémandisme politique”, qui constitue selon elle une stratégie issue du néolibéralisme visant à privilégier l’individualité blessée plutôt que le groupe opprimé, se focalisant sur les effets des injustices plutôt que sur leurs raisons.

Selon elle, cette stratégie est inefficace parce qu’elle se focalise uniquement sur les victimes plutôt que sur les raisons de l’oppression, sur la morale (ou culpabilisation) plutôt que sur les structures qui maintiennent le racisme. Cette stratégie demande des réponses individuelles et libérales plutôt que le changement du système tout entier.

Pire encore, cette stratégie délégitime les revendications des mouvements anti-racistes lorsque ceux-ci sont confrontés à la réussite sociale d’une Michele Obama ou d’une Sibeth Ndiaye, en minimisant la puissance du racisme structurel face à l’effort individuel.

Pour l’antiracisme politique radical dans lequel je me reconnais, l’énergie accordée à la valorisation et la visibilisation du succès de quelques-unes devrait être déplacée vers l’amélioration des conditions de vie des femmes noires pauvres et de classe ouvrière.

Mais la mort de Jacob Blake marque aussi la naissance d’un mouvement de contestation historique de la part des joueurs de la NBA, qui ont interrompu leurs matchs durant plusieurs jours pour exprimer leur colère et leur indignation. L’ensemble de l’équipe des Bucks de Milwaukee se réunissant pendant plusieurs heures dans leur vestiaire dans un effort collectif pour rédiger un communiqué, inspirant d’autres équipes à faire de même en boycottant à leur tour d’autres rencontres, apporte bien plus dans la lutte antiraciste que l’élection d’un Barack Obama à la Maison-Blanche.»

«Lëtz Rise Up» organise un atelier destiné aux femmes vivant le racisme le mercredi, 9 septembre au Forum Campus Geesseknäppchen. Plus de détails sur letzriseup.com