LUXEMBOURG
CATHERINE KURZAWA

Le Luxembourg veut rayonner davantage dans le domaine spatial – explications avec la LSA

Près de trois mois après sa mise en orbite, la LSA («Luxembourg Space Agency») se taille une place dans le paysage des agences spatiales. Mais pas question ici de vols ou de missions. La LSA est clairement orientée sur les affaires et leur développement. Pour conduire cette mission, le haut fonctionnaire Marc Serres a été nommé directeur de la LSA et pilote une équipe d’une douzaine de personnes. Entretien.

La «New Space Conference» est, j’imagine, un évènement important pour vous. Avez-vous un objectif particulier avec cette conférence: faire rayonner davantage le secteur spatial luxembourgeois?

MARC SERRES Absolument. Et à côté bien sûr de cette opportunité de rassembler tous les acteurs qui sont concernés, il n’y a pas que des acteurs du spatial. Les questions de financement, d’accès à l’espace, à la communication, au développement des applications: il y a vraiment un large portefeuille de thèmes abordés. Et le fait de le faire au Luxembourg bien sûr contribue aussi au rayonnement du pays, et c’est bien ce qu’on passe comme message: on veut créer ici un écosystème qui va permettre aux entreprises de développer leurs activités spatiales. Et comme on a cette approche qui est vraiment poussée vers le développement commercial des entreprises, ça colle très bien avec cette mouvance «new space». Donc, c’est sortir de la façon traditionnelle de fonctionnement du secteur spatial, qui est toujours très dépendant du secteur public, et ici vraiment le «new space» c’est de dire les entreprises sont capables aussi de développer leurs propres activités, d’avoir des clients, et de pouvoir servir leurs clients à travers des services nouveaux et innovants.

Trois mois après ses débuts, comment se déroule le lancement des activités de la LSA?

SERRES Je dirais que là il n’y a pas de révolution dans le sens où finalement, ce sont les mêmes gens qui continuent à mettre en œuvre les mêmes choses. Anciennement, l’équipe était au sein de la direction des Affaires spatiales au ministère de l’Economie. Et l’agence est toujours partie intégrante du ministère. Donc, en ce sens, on n’a pas révolutionné la façon dont on travaille ou la façon dont on est organisé. Ça n’empêche pas éventuellement encore des évolutions futures. Mais ici, on a donné plus de visibilité à cette direction en en faisant une agence spatiale et donc dans ce sens-là nos activités continuent, elles sont toujours aussi importantes et je dirai dynamiques.

En fait c’est comme un «rebranding» de la direction des Affaires spatiales du ministère de l’Economie?

SERRES C’est quand même un peu plus que ça. Mais le rebranding en tout cas en fait partie. L’agence spatiale en tant que telle est vraiment une entité séparée, même si on fait partie intégrante du ministère. Ce n’est plus une direction du ministère.

Le but de cette agence spatiale, c’est de développer des contacts avec des entreprises pour le développement du «new space» au Luxembourg. Combien de contacts sont-ils déjà établis à l’heure actuelle?

SERRES Si vous me permettez, la mission de l’agence c’est bien le développement économique du secteur ici au Luxembourg et donc, le «new space» est l’un des éléments qui apporte cette dynamique au secteur mais on continue à travailler avec les acteurs qui étaient déjà présents. C’est clair que le démarrage de l’initiative sur les ressources spatiales a donné beaucoup de visibilité aux activités luxembourgeoises et donc, il y a beaucoup de gens qui se sont intéressés au pays pour développer leurs activités dans le spatial. Je dirai aujourd’hui c’est à peu près moitié moitié en termes d’entreprises qui se sont établies: il y en a à peu près une moitié qui ont des activités qui sont relatives aux ressources spatiales et l’autre moitié qui n’ont absolument rien à voir.

Quels sont les futurs projets pour la LSA?

SERRES Vous comprendrez évidemment que d’un côté, on va devoir attendre que le nouveau gouvernement soit en place pour voir aussi s’il y a des conséquences pour le fonctionnement de l’agence. Mais je dirai que pour nous, nos missions sont claires: on va continuer à faire ce pourquoi on a été mandatés. Donc ça veut dire qu’on continue à développer l’initiative sur les ressources spatiales et on continue aussi à développer les relations avec les différentes entreprises qui veulent travailler dans le secteur spatial au Luxembourg.

Le Luxembourg ambitionne de faire passer la part des activités spatiales dans son PIB de 2% à 5% dans 10 ans. Comment comptez-vous vous y prendre?

SERRES Pour y arriver, il y a essentiellement deux voies: aider les entreprises qui sont déjà là à étendre leur portefeuille d’activités. Et la deuxième voie c’est d’avoir plus d’entreprises. Ça peut se faire soit avec la création de start-up soit avec des entreprises établies qui viennent s’installer au Luxembourg. Il faut savoir que sur le long terme, on a besoin d’aller plus loin que de simplement parler avec les entreprises. Et donc, on a aussi entrepris des initiatives pour soutenir le développement des talents ici au Luxembourg. Nous avons un accord avec l’Université du Luxembourg pour mettre en place un master spatial et la particularité de ce master sera que seuls des gens qui auront déjà un certain bagage technique ou scientifique pourront le faire. On a voulu donner aussi un caractère orienté développement d’affaires, c’est-à-dire que ces gens vont aussi avoir des cours sur le cadre règlementaire, la politique spatiale au niveau européen et international, comment développer une entreprise, etc. 

Dans un  autre registre, il y a le «Luxembourg Space Fund» doté de 100 millions d’euros. Où en est-on dans les investissements consentis par ce fonds?

SERRES On travaille sur ce fonds déjà depuis le début de l’année et donc, on a bien progressé sur la mise en place. Aujourd’hui, il n’est pas encore prêt à investir – si tout se passe suivant notre planning, les premiers investissements devraient être possible dans le courant de la première moitié de l’année prochaine. Mais, je dirai, on a bien avancé et on a identifié une équipe qui va gérer le fonds. Et donc, cette équipe a maintenant la tâche de mettre tout cela en place, de rassembler l’enveloppe financière nécessaire pour démarrer les investissements.

D’où viennent les 100 millions d’euros?

SERRES L’idée c’était d’avoir une approche de partenariat public-privé. Donc il y aura une partie des fonds qui viendra de l’Etat luxembourgeois, mais il restera minoritaire dans le fonds. Et puis à côté de cela, il y aura toute une série de partenaires privés. Et ça, ça sera la tâche de l’équipe de gestion d’aller collecter les fonds auprès d’autres partenaires privés.

Vous siégez aussi à l’ESA. Comment le Luxembourg est-il perçu par les autres pays européens et même au-delà. Est-ce que le pays a une image d’outsider ou pas du tout?

SERRES C’est difficile de parler pour les autres, mais disons que les feedbacks en général qu’on reçoit de nos interlocuteurs, c’est d’abord qu’ils sont intrigués par ce qu’on fait, puisqu’on reste une toute petite nation et que traditionnellement le spatial  - surtout quand on le fait pour des raisons scientifiques – est un domaine qui nécessite d’avoir les épaules larges. Souvent à la fin de nos échanges, les interlocuteurs sont assez impressionnés par tout le travail que nous avons fait aussi au niveau du développement stratégique. Parce que, je pense qu’il y a quand même peu de pays qui mettent autant d’énergie dans ce secteur particulier. Et donc, on apparaît quand même un peu comme une exception par rapport à beaucoup d’autres pays. Et je dirais qu’on a une assez bonne image vis-à-vis de l’extérieur: les gens nous invitent de plus en plus à venir parler à des conférences pour exposer notre vision. Je ne sais pas si on peut être considéré comme une référence, parce qu’on est quand même de par la configuration du pays assez unique, mais en tout cas l’intérêt est énorme et les gens veulent mieux comprendre ce qu’on fait, pourquoi on le fait et comment on le fait.

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