LUXEMBOURG
AUDREY SOMNARD

BGL BNP Paribas met en priorité la sécurité de ses employés et l’accompagnement de ses clients

La conférence de presse annuelle de BGL BNP Paribas est habituellement organisée dans les locaux de la banque au Kirchberg. Cette année, les dirigeants ont présenté les chiffres via une conférence téléphonique, crise du coronavirus oblige. On y parlera d’ailleurs peu de chiffres, mais surtout du rôle de BGL comme acteur majeur de l’économie luxembourgeoise. Pour le président du conseil d’administration Etienne Reuter en préambule, «tout doit être mis en place pour relancer l’économie après la crise, et notre banque, qui est très solide, sera au rendez-vous». En première ligne dans la sauvegarde des entreprises du pays, les banques ont été mises à contribution par le gouvernement. Une responsabilité très bien comprise par ses dirigeants, «nous agissons en véritable partenaire de l’Etat, notre responsabilité d’accompagner les clients est très importante. Nous allons répondre au cas par cas, mais surtout nous allons agir rapidement», a déclaré Geoffroy Bazin, président du comité exécutif.

Concrètement, plusieurs centaines d’entreprises ont déjà demandé des moratoires sur leurs crédits en cours, «une situation logique, mais transitoire, il s’agit de premières mesures», estime Anne-Sophie Dufresne, directrice de la banque des entreprises. A noter également la mise en place de crédits couverts par différents types de garanties (par exemple des garanties offertes par la Mutualité des Cautionnements, garantie de l’ODL, prêts faisant intervenir la SNCI, prêt garanti par l’Etat). Pour ce qui est des crédits garantis par l’Etat, la banque attend le vote de la loi pour les appliquer mais assure être prête pour les octroyer aux clients qui en auront besoin.

Moratoire de six mois sur les crédits

La banque assure accompagner ses clients professionnels pour amortir les effets de la crise: «Après les moratoires de six mois sur les crédits nous allons avoir du côté de l’ajustement de la trésorerie à court terme et par après amortir les coûts de la crise. Nous serons bien sûr vigilants à ne pas endetter les entreprises encore plus. Mais dans certains cas les actionnaires vont devoir apporter également leur aide», poursuit-elle.

Les actionnaires de BGL BNP Paribas vont d’ailleurs devoir eux-mêmes attendre pour toucher leurs dividendes. Si au total 147 millions d’euros sont à partager, Geoffroy Bazin explique qu’il leur faudra attendre: «Nous avons voté pour une suspension du versement des dividendes qui est reporté au 15 octobre. Nous avons suivi les recommandations de la BCE, et si nécessaire nous reconvoquerons une assemblée générale». L’Etat luxembourgeois devra donc attendre pour toucher son chèque de 50 millions d’euros de dividendes pour cette année.

Un bénéfice en hausse

Si les résultats annuels n’étaient pas la préoccupation des dirigeants de la banque, son CFO Laurent Jansen a néanmoins dressé le portrait d’un institut financier qui s’est relevée après une année 2018 en demi-teinte. Le bénéfice net pour 2019 est de 345 millions d’euros, soit une progression de 2%.

Pour rappel, BGL BNP Paribas avait clôturé l’exercice 2018 sur un résultat net en baisse de 7,4%, à 338,9 millions d’euros. Le produit net bancaire franchit pour la première fois la barre de 1,5 milliard d’euros, marqué par une hausse des activités suite à l’acquisition d’ABN AMRO à la fin de l’année 2018.

Le produit net bancaire a donc atteint 1.515,1 millions d’euros, en augmentation de 5% par rapport à 2018 (1.447 millions d’euros). «Cette hausse résulte notamment d’une dynamique commerciale soutenue dans les différents domaines d’activité et ce malgré un environnement persistant de taux bas et économiquement incertain», explique Laurent Jansen. Côté banque de détail et des entreprises, cette dernière affiche une croissance des encours moyens de crédits de 9%, portée par la progression des crédits immobiliers et des crédits d’investissement. «Le volume moyen des dépôts augmente de 12%, en particulier grâce à une très bonne collecte auprès de la clientèle des entreprises en lien avec le développement des services de cash management», poursuit le CFO.

Le ratio de solvabilité de la banque s’élève à 22,7% (selon les normes Bâle III), très largement au-dessus du minimum réglementaire requis. Avec des fonds propres réglementaires du groupe s’élevant à 6 milliards d’euros, BGL BNP Paribas est bien positionnée pour accompagner et soutenir les projets et investissements de ses clients.

La gestion de crise prévoit également la protection des employés de la banque. Seules quinze agences restent ouvertes dans le pays, seulement pour des rendez-vous importants, et le personnel a été dispatché pour éviter au maximum les contacts.

Sur les 2.400 employés que compte le groupe, 800 ont été progressivement envoyés en télétravail ces trois dernières semaines, 450 restent sur les sites de la banque (le siège du Kirchberg, les agences ainsi que les bureaux de secours situés à Bettembourg), 200 profitent du congé familial mis en place par le gouvernement suite à la fermeture des écoles et les banque a ainsi mis en dispense physique quelque 700 employés, ce qui évite le chômage partiel: «La banque peut se permettre cet effort», estime Geoffroy Bazin.

Pour ce qui est du télétravail, le dirigeant a assuré que tous les collaborateurs travaillent en toute sécurité, même si cette forme de travail «doit rester une solution d’urgence qui n’est pas durable à plus grande échelle». Selon le président du comité exécutif, «il n’est pas raisonnable d’étendre le télétravail au delà de 1.000 employés».

Comme pour les autres secteurs, la banque espère que la crise ne va pas s’étendre sur la durée. L’économiste
en chef Yves Nosbusch a estimé pour sa part que si une contraction de l’économie au premier semestre est inéluctable, «nous pouvons nous attendre à un rebond de l’économie au deuxième semestre».