LUXEMBOURG
ALEXIS BIENVENU

Les marchés américains et chinois comptent parmi les plus haussiers depuis le début de l’année. Et pour cause: annoncé comme un cadeau de Noël le 13 décembre dernier, l’accord commercial tant attendu entre la Chine et les Etats-Unis a été signé mardi 15 janvier! Il libère les marchés d’une incertitude qui a marqué l’année entière.

Donald Trump n’a pas manqué de se rengorger: ce serait un «accord magnifique» pour «America first». Pour une part, il a raison: l’accord prévoit des achats massifs, inédits, de produits américains par la Chine, dans tous les secteurs: agriculture, industrie, énergie, services financiers. Il entérine le maintien d’une grande partie des taxes à l’importation sur 250 milliards de dollars de produits chinois. Seules les taxes prévues pour s’appliquer depuis décembre 2019 sont suspendues. Les taxes imposées depuis septembre dernier sont réduites de moitié. Les prélèvements contribueront à renflouer les caisses américaines, qui en ont bien besoin étant donné l’énorme déficit commercial et budgétaire qu’a accentué la présidence de Trump (5% sur l’année fiscale 2019, alors même que la croissance était bonne).

«Accompagnons la liesse, mais gardons la tête froide» dit Alexis Bienvenu, gérant de portefeuille Photo: LFDE - Lëtzebuerger Journal
«Accompagnons la liesse, mais gardons la tête froide» dit Alexis Bienvenu, gérant de portefeuille Photo: LFDE

Ce n’est pas tout. En sus de ces aspects commerciaux immédiatement tangibles, l’accord aborde des questions de long terme plus délicates, telles que la protection par la Chine de la propriété intellectuelle et la lutte contre la contrefaçon. En outre, la Chine s’engage à ne pas dévaluer sa monnaie à des fins commerciales, pourtant l’une de ses armes favorites. Enfin, elle devra faciliter l’accès des entreprises américaines à son marché de services financiers. C’est donc un accord large, clairement asymétrique, qui vient d’être imposé à la première puissance mondiale (en parité de pouvoir d’achat).

Litchi sur le gâteau, les deux pays conviennent de régler leurs éventuels différends, sans passer par une instance internationale. Le bilatéralisme cher à D. Trump, qui lui évite de devoir composer avec des pays qui pourraient faire alliance avec la Chine, comme la Russie, est conforté.

Pourtant, la victoire est-elle totale?

Tout d’abord, le montant total des engagements d’achats de la part de la Chine semble difficile à tenir: il suppose un doublement en deux ans des exportations américaines vers la Chine, alors même que certains produits technologiques américains ne peuvent plus y être vendus. La Chine devrait même quadrupler ses achats agricoles américains. Les Chinois peuvent-ils avoir subitement besoin de toutes ces importations jusqu’ici non nécessaires? De l’autre côté de l’océan, les Etats-Unis peuvent-ils faire honorer ces achats sans réduire leurs exportations destinées à d’autres pays? S’ils les réduisent, le jeu n’est-il pas à somme nulle?

En outre, certaines dispositions peuvent avoir un effet pernicieux sur l’emploi américain. Par exemple, en protégeant mieux la propriété intellectuelle, la Chine incite des entreprises américaines à s’installer sur son sol, ce qui pourrait contribuer à la désindustrialisation des Etats-Unis. Enfin, les droits de douane sur les importations chinoises étant en grande partie maintenus, l’industrie américaine utilisant de nombreux composants chinois, déjà en récession, continuera à souffrir.

Dans le même temps, les mesures contre Huawei et la 5G chinoise incitent la Chine à s’émanciper de la tutelle des services Google. Le géant prend son autonomie.

La Chine a-t-elle donc cédé? Ou au contraire a-t-elle appliqué la sagesse deux fois millénaire de Sun-tzu, qui enseignait: «Quand vous agissez, feignez l’inactivité»?

Pyrrhus Trump pourrait avoir à (re)lire ses classiques chinois. Cela dit, le marché salue la trêve, même précaire. Accompagnons la liesse, mais gardons la tête froide.

DEPUIS 1991

La Financière de l’Échiquier (LFDE) est l’une des premières sociétés de gestion indépendantes de France. Son métier: la gestion d’épargne et de placements financiers pour le compte de clients particuliers, de conseillers en gestion de patrimoine et d’institutionnels. Créée en 1991 par Didier Le Menestrel et Christian Gueugnier, la société gère une gamme de fonds actions, taux et diversifiés, portant les encours sous gestion à plus de 9,2 milliards d’euros (au 30 juin 2019). Avec une philosophie de gestion fondée sur la connaissance approfondie des entreprises, La Financière de l’Echiquier (LFDE) accorde une grande importance à l’évaluation du management et à la valorisation des entreprises. Engagée en faveur de l’Investissement Socialement Responsable (ISR), la société est signataire des accords PRI (Principes pour l’Investissement Responsable). LFDE est également présente en Allemagne, Autriche, Suisse, Italie, Espagne, ainsi qu’au Benelux. Elle est présente en Belgique et au Luxembourg depuis 2004.

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