LILLEOLIVIER DUCUING (LES ECHOS)

Nord-Pas-de-Calais: première région à adopter un masterplan pour passer vers l’économie décarbonée

Un siècle et demi d’exploitation industrielle, des séquelles toujours très visibles sur le paysage, mais aussi sur les ratios socio-sanitaires les plus mauvais de France et une qualité de l’air médiocre: la région Nord-Pas-de-Calais a longtemps incarné un contre-modèle de développement non durable. Une situation propice à tenter un audacieux pari fin 2013: sous l’égide de l’économiste américain Jeremy Rifkin, théoricien de la troisième révolution industrielle, la région est la première au monde à adopter alors un masterplan pour favoriser une mutation accélérée vers l’économie décarbonée, adossée au mariage des énergies renouvelables et d’Internet.

La stratégie «Rev3» confirmée

Une ambition portée à la fois par le conseil régional et par le monde consulaire sous l’égide de l’ancien ministre de l’Agriculture de Jacques Chirac, Philippe Vasseur. Trois ans plus tard, la droite s’est emparée de la région élargie à la Picardie et l’ancien président de la Chambre de Commerce et d’Industrie de région a raccroché pour devenir commissaire à la revitalisation industrielle des Hauts-de-France.

Mais la stratégie de la troisième révolution industrielle, rebaptisée Rev3, est confirmée, avec notamment des outils financiers spécifiques comme un fonds d’investissement de 50 millions d’euros, associant CDC, BEI et Crédit Agricole, ou un livret populaire d’épargne dédiée.

«La dynamique continue, la Picardie s’implique beaucoup. Nous en sommes à 400 projets», se réjouit Philippe Vasseur. Méthania, programme porté par de nombreux acteurs publics, vise à faire de la région la première d’Europe en matière de méthane injecté, grâce à son gisement très riche de déchets organiques d’origine, industrielle, agricole et urbaine. L’idée est de passer de 4 à 5 méthaniseurs nouveaux par an à 10 à 15 à partir de 2020. La mise en place d’un cluster de portée mondiale sur les produits agrosourcés est aussi à l’étude sur Villeneuve d’Ascq avec les pôles Matikem et Pivert.

Miser sur les compteurs intelligents

Le projet mise aussi sur les réseaux électriques intelligents. La métropole lilloise a été retenue dans un appel à projets pour son programme «You & Grid». Il s’agit d’une douzaine de projets complémentaires pour tester à grande échelle un modèle énergétique nouveau fondé sur des productions localisées (dont les éoliennes de la Somme), avec leur problématique d’intermittence, et un réseau intelligent, de l’amont jusqu’à l’aval chez l’habitant avec les compteurs connectés. «Le noyau dur est cette zone urbaine de 200.000 habitants où l’on veut industrialiser et mettre en réseau les compteurs communicants, les réseaux d’eau, de chaleur, etc, non plus métier par métier, mais de manière intégrée», explique Mathias Povse, directeur régional d’ERDF.

Au-delà de ces projets structurants, la troisième révolution industrielle se traduit surtout par une floraison de projets variés, depuis une hydrolienne à technologie membranaire à Boulogne-sur-Mer à des éco-quartiers innovants en passant par des applications en réseau. C’est le cas de Cmabulle, qui vise à partager entre parents le transport des enfants, en voiture, en transport en commun voire à pied, mais dans des communautés fermées, donc sécurisées. Porté par la start-up régionale Flexineo, le projet est lauréat national de «100 projets pour le climat», et appuyé par l’Ademe et la région, via sa plateforme régionale d’innovation liée aux mobilités i-viaTIC. Expérimenté depuis deux ans avec 500 familles, l’application est déployée beaucoup plus largement pour cette rentrée. Après l’impulsion publique, la troisième révolution industrielle gagne clairement les esprits dans le monde de l’entreprise.