CATHERINE KURZAWA

Alors qu’en Europe des millions de foyers confinés espèrent retrouver rapidement la liberté de leurs mouvements, la province chinoise du Hubei, épicentre de l’épidémie de coronavirus, lève ses restrictions en cette fin du mois de mars. Mais peut-on parler d’un retour à la normale? Concrètement, la vie est loin d’avoir repris son cours dans l’Empire du Milieu. Tout d’abord, la ville de Wuhan reste en confinement total jusqu’au 8 avril. Ensuite, les mesures prises par Pékin en janvier sont nettement plus drastiques que celles décidées en Europe où il est permis de sortir de chez soi pour aller acheter à manger par exemple. Rien de tout cela en Chine où les aliments ou repas ont été livrés aux foyers pour empêcher tout déplacement extérieur. D’ailleurs, la levée des mesures côté chinois signifie que les autorités prévoient d’autoriser une à deux sorties (selon les lieux) par semaine de deux heures environ pour aller faire ses courses. Bref, la levée des restrictions côté chinois s’apparente à une entrée dans le mode de confinement européen tel que nous le connaissons actuellement.

Pas question donc de crier victoire trop vite car si les lieux touristiques d’envergure ont rouvert leurs portes le 12 mars à Shanghai par exemple, la Cité interdite reste toujours fermée à Pékin depuis le 25 janvier. Cela veut donc dire que le confinement total a duré environ 8 semaines à Shanghai. Evidemment, la mégapole n’est pas comparable à nos capitales européennes mais force est de constater que si tout a été en lockdown pendant une aussi longue période, il ne serait pas étonnant que ce laps de temps soit un point de référence dans les décisions du côté européen. En outre, la levée progressive des restrictions laisse à penser qu’il en sera de même ici. On imagine mal les autorités nous annoncer un jour que dès le lendemain, nous pouvons retourner au bureau, remettre les enfants à l’école et assister à un concert avec des milliers d’autres personnes entassées dans une salle dès le weekend suivant.

Le retour à la vie «normale» signifiera plutôt le retour de certaines activités et la réouverture de quelques commerces et entreprises. Par exemple en Chine, les personnes dont la profession est «télétravaillable» sont priés de rester chez elles. Les universités et écoles fonctionnent désormais avec des cours à distance. Le retour à la vie «normale» en Chine ressemble donc à l’entrée dans un nouveau mode de vie où les déplacements sont réduits au strict minimum.

Et puis, si les vols ont repris vers la Chine, soulignons qu’ils atterrissent dans des aéroports secondaires d’où une batterie de contrôles sont menés comme la prise de température des passagers, la désinfection de leurs bagages et leur mise en quarantaine forcée pendant deux semaines dans un hôtel imposé par les autorités. La crainte de voir le virus resurgir est bien réelle, d’autant que des cas de patients guéris du Covid-19 testés positifs par après ont été signalés.

Force est de constater que si la Chine peut nous donner quelques indicateurs sur ce qui nous attend pour les semaines et les mois à venir, l’Empire du milieu démontre aussi que la bataille contre le coronavirus sera très longue.