LUXEMBOURG
PAUL DELAUNOIS

Le 2. mai 1995 avait marqué un nouveau point bas du conflit lors de la guerre de Croatie: 7 personnes à Zagreb furent tuées par des bombes à sous-munition, 214 personnes furent blessées. Les attaques sur les civils n’ont cependant pas perdu d’actualité: Lors d’un mariage, le 22 avril à Hajjah au Yémen, une série d’attaques aériennes de la coalition internationale menée par l’Arabie Saoudite a frappé des civils. Ce qui s’est passé est inacceptable: une scène effroyable, des corps démembrés jonchant le sol couvert de sang succédant aux danses et à la joie des deux familles réunies pour la cérémonie; parmi les 63 blessés que les équipes MSF ont soignés à la suite de ce carnage, 13 étaient des enfants. Pouvons-nous continuer à accepter que des civils se fassent bombarder, meurent ou soient blessés, alors que le droit international qui régit les règles de la guerre est censé les protéger, se demande Paul Delaunois, Directeur de Médecins Sans Frontières-Luxembourg. 

„Les attaques contre les civils sont une violation grave du droit international humanitaire (DIH), lequel interdit de lancer des attaques susceptibles d’avoir un impact disproportionné sur eux. Mais ce principe est négligé par les belligérants, que ce soit au Yémen ou en Syrie, où les façons de faire la guerre n’ont plus de limites. Le contre-terrorisme qui la façonne justifie de tuer aveuglément des civils dans les hôpitaux, les écoles ou les marchés.

Attaquer des civils en temps de guerre ne date pas d’hier. Le nombre de journées du souvenir rendant hommage aux victimes civiles le prouve. Se souvenir des violations passées est d’une absolue nécessité, car cela permet de réaffirmer sans ambiguïté que nous n’acceptons pas le franchissement des lignes rouges inscrites dans le DIH. Mais toutes les commémorations ne suffiront jamais à changer quoi que ce soit au sort des civils dans les zones de conflit actuelles, si à chaque violation du DIH, la Communauté internationale ne condamne pas publiquement qu’attaquer des civils est une règle non-négociable. Pour que le sort des civils pris au piège d’une guerre ne soit pas écrit d’avance, il est crucial de mettre fin à l’impunité des responsables d’attaques qui les ciblent. C’est-à-dire ouvrir systématiquement une enquête et traduire les responsables devant la Cour pénale internationale.

Cependant, quand quatre des cinq membres permanents du Conseil de sécurité des Nations unies ont participé à des coalitions responsables d’attaques contre les civils récemment (en Afghanistan, au Yémen ou en Syrie), on comprend que les condamnations de la Communauté internationale soient rares et que les résolutions du Conseil de sécurité soient encore plus rarement suivies d’effet; dès lors, l’impunité devient la norme. Demain, des civils continueront à se faire massacrer, tant qu’il n’y aura pas de réelle volonté politique pour faire pression sur les belligérants et pour garantir la protection des civils dans les conflits armés."