BISSEN
CATHERINE KURZAWA

Sans permis mais pas sans projet, Google a rencontré la presse et les habitants de Bissen

Poser une question à Google est un jeu d’enfants. Il suffit de l’écrire ou de la dicter et d’appuyer sur la touche «enter» pour que les réponses jaillissent sur notre écran. C’est en revanche nettement moins évident avec les responsables de la firme américaine qui étaient de passage jeudi au Luxembourg. «On n’a pas forcément toutes les informations que les gens souhaiteraient connaître», a admis devant la presse Fabien Vieau, directeur régional pour la stratégie de localisation des data centers en Europe de Google.

Ce que l’on a appris

«Je ne vois pas un data center opérationnel avant début 2023», a expliqué Fabien Vieau qui a reconnu qu’«il n’y a toujours pas de projet clairement défini». Le PAP devrait être soumis à la population d’ici quelques jours. Google dit être habitué aux longues procédures mais admet ne pas connaître celles du Grand-Duché qui ne figurait même pas dans sa zone de recherche pour de nouvelles implantations. «Le Luxembourg nous a approché», a confié le responsable qui a souligné les atouts du pays comme sa situation géographique centrale, ses infrastructures, sa stabilité et l’arrivée prévue fin 2020 du superordinateur Meluxina non loin de sa possible implantation. Quoi qu’il en soit, «c’est extrêmement rare d’arriver avec un plan d’urbanisme qui n’est pas entériné». Dans une première phase, le data center pourrait générer une centaine d’emplois mais «il y a un potentiel qui est supérieur», a souligné Fabien Vieau en citant les sites néerlandais et belge où le contingent monte à 350 emplois directs.

Ce que l’on sait

Google veut ouvrir un data center au Luxembourg. Plus précisément, son projet s’étendrait en deux phases. «On parle de 600 millions d’euros par phase d’investissement», a prudemment évoqué le responsable. Il ne dispose à ce stade d’aucune autorisation. Le groupe a déposé un PAP fin octobre qui sera soumis au public dans quelques jours. Après avoir acheté 33,7 ha de terrains à Bissen, entre le site de Luxlait et l’Attert, Google a entamé une série d’études de faisabilité.

Ce que l’on ne sait pas

Google a beau affirmer réaliser sept fois plus de calculs aujourd’hui avec la même puissance électrique qu’il y a cinq ans, il n’en demeurerait pas moins le plus gros consommateur d’électricité du pays avec 7% à 12% du total. Comment dès lors s’approvisionner dans un pays où 89% de la consommation provient de l’importation? «L’infrastructure électrique du Luxembourg est suffisante pour la première phase du data center. Elle n’est pas suffisante pour la deuxième phase», a reconnu Fabien Vieau. Il a néanmoins évoqué un projet d’upgrade du réseau pour répondre à l’augmentation de la consommation… à l’horizon 2040 selon le titre du projet. «De ce que je comprends, l’upgrade serait bien avant, on parlerait de fin 2026 ou 2025», a tenté de rassurer le responsable. Contacté par nos soins, Creos a confirmé son intention d’accroître les capacités de transport de son réseau mais «une date précise ne peut pas être communiqué à ce stade».

Qui dit serveurs, dit chaleur. Pour les refroidir, la piste privilégiée actuellement est celle d’utiliser l’eau de l’Alzette. Mais le cours d’eau est situé à l’exact opposé de Google qui est voisin de son affluent, l’Attert. Celui-ci s’avère être non approprié aux besoins du groupe américain. «La solution n’est pas arrêtée», a souligné Fabien Vieau qui évoque soit la connexion à l’Alzette par une infrastructure supplémentaire à mettre en place ou bien la possibilité de se connecter à une station d’épuration voisine.

Avec autant d’éléments indéfinis, difficile d’imaginer ce qui va être soumis aux habitants de Bissen. Google temporise et souligne l’adaptabilité du projet aux évolutions technologiques et urbanistiques. «Aujourd’hui, on n’a fait que parler d’implantation potentielle», a admis Fabien Vieau.«Il y a bien des scénarios où nous ne venons pas. On recherche à plusieurs endroits», a-t-il reconnu.

Google dispose aujourd’hui de cinq implantations pour ses centres de données en Europe. Ils sont situés à Dublin (Irlande), Eemshaven (Pays-Bas), Fredericia (Danemark), Hamina (Finlande) et Saint-Ghislain (Belgique). En août, le géant américain a acheté un terrain de 200 ha en Norvège «avec une possibilité d’accès à de l’eau d’extrêmement bonne qualité, un réseau stable», a souligné le responsable. Seul bémol selon lui, «on n’est pas au centre de l’Europe».