Elections régionales ce jeudi: rencontre avec l’eurodéputée Teresa Giménez Barbat

Luxembourg Le 1er octobre, date du référendum indépendantiste non autorisé, a mis la Catalogne sous les feux de la rampe. Mais dans nos contrées, que sait-on vraiment de toute cette histoire? À deux jours des élections régionales de jeudi, nous avons rencontré María Teresa Giménez Barbat, catalane, anthropologue et eurodéputée du groupe «Alliance des Démocrates et des Libéraux pour l’Europe» où elle est, entre autres, membre de la commission Culture et Education, rapportrice sur la mise en œuvre du programme «L’Europe pour les citoyens» 2014-2020 et vice-présidente de la Délégation pour le Maghreb.

Teresa, à quelques jours des élections régionales, comment voyez-vous la situation générale en Catalogne?

Teresa Giménez Barbat Au cours de ces dernières années en Catalogne se sont passées des choses qui nous ont tous profondément bouleversées et, rien qu’au cours des derniers mois, les relations entre nous les Catalans se sont très détériorées. Je pense que la situation est plutôt difficile. Même dans les familles, il est difficile de parler de ces thèmes, ça arrive aussi dans ma famille. J’espère que le vote de jeudi prochain fera changer les choses, car en on a vraiment besoin.

Les indépendantistes utilisent le mot «Franquiste» pour dire Espagnol. Comment expliquez-vous cela?

Giménez Barbat C’est très curieux et à la fois très sérieux. La guerre civile avait créé un fossé au sein des familles espagnoles: dans une même famille, nos aïeuls se trouvaient presque toujours dans deux bandes opposées, républicains ou franquistes. Tous les Espagnols partagent cette expérience de division au sein de leurs familles. Mais peu à peu depuis 1975 (mort du général Franco, ndlr) nous avons pu recomposer une citoyenneté démocratique et cette époque noire est pour toujours révolue je l’espère. Mais il y a un problème, qui n’est pas du tout un problème citoyen, mais de propagande électorale. Je me réfère notamment à la gauche, il faut le dire clairement: après Franco, pour discréditer et calomnier les adversaires politiques en Espagne, c’est la gauche qui a toujours attaqué le Parti Populaire en traitant ses membres de «franquistes», même quand ce n’était pas vrai.

Les indépendantistes, qu’ils soient de droite ou de gauche, ont bien appris la leçon et maintenant est «franquiste» tout individu ou groupe qui s’opposerait à leur vision du monde. C’est ainsi qu’ils ont pu traiter Joan Manel Serrat (un légendaire chanteur catalan et antifranquiste, ndlr) de traître, de renégat, nazi et franquiste.

J’ai entendu un indépendantiste faire une comparaison entre ce qui se passe en Catalogne et ce qui arrive aux migrants vendus aux enchères comme esclaves en Libye. Qu’en dites-vous?

Giménez Barbat L’Espagne est l’un des pays les plus démocratiques d’Europe. C’est honteux que les indépendantistes puissent parler d’eux-mêmes en utilisant les mêmes mots qu’on utilise normalement pour décrire des situations vraiment terribles, où les gens sont vraiment persécutés, tués, réduits en esclavage. Toute mesure est perdue.

Si à l’étranger, ces boutades tragiques des indépendantistes sont prises au sérieux, c’est honteux et terrible. Un couplage d’aberrations comme celle que vous venez de mentionner et de mensonges et de faussetés sur le plan politique, économique culturel n’a d’autre but que de faire avancer la cause indépendantiste. Je pense que ces gens-là ont développé un victimisme presque pathologique pour jouer ainsi avec les émotions de ceux qui ne connaissent pas la réalité catalane, mais le prix qu’ils nous font payer est terrible.

Ce ne sont pas du tout des démocrates. D’un côté ils utilisent l’appui de la gauche avec qui ils partagent ce snobisme très dangereux de qualifier comme «franquiste» tout adversaire du moment, de l’autre - comme tout mouvement nationaliste - ils poursuivent des idéologies très exclusivistes tirées de théories carrément racistes du passé. Le paradoxe est qu’ils sont des gens de droite qui se disent de gauche et font la politique d’une droite nationaliste quelconque.

Finalement, qui remportera les élections jeudi prochain, d’après-vous?

Giménez Barbat Je préfère éviter les spéculations, mais il est clair que j’espère un changement. Même si cela est difficile, nous avons cette espérance que ces élections puissent faire bouger les choses. Il existe le bloc constitutionnel qui s’est constitué comme alternative au modèle exclusiviste des nationalistes. Ce bloc est formé par le parti Socialiste (PSOE), le parti Populaire (PP), Ciudadanos et le parti Socialiste de Catalunya (PSC) et j’espère vivement qu’il puisse avancer, car nous avons vraiment besoin de réconcilier la société civile catalane. Clemente Condello