LUXEMBOURG
AUDREY SOMNARD

Les rebonds mécaniques de l’économie ne masquent pas une situation inquiétante

Difficile d’y voir clair, tant la situation sanitaire, politique et économique est actuellement confuse. Nous avons tenté d’y jeter un peu plus de lumière mercredi avec Yves Nosbuch, économiste en chef de BGL BNP Paribas, qui a donné ses prévisions économiques dans un climat inédit. A l’heure de la remontée des cas de Covid-19 un peu partout dans le monde, la deuxième vague tant redoutée inquiète de plus en plus. C’est par conférence téléphonique que l’économiste a prévenu que la situation était loin d’être terminée, avec des rebonds mécaniques qui à moyen terme ne vont pas sauver l’économie en relançant la consommation au niveau d’avant crise. 

Si le déconfinement est effectif en Europe, avec l’obligation de porter des masques dans l’espace public qui se généralise, l’économie a du mal à reprendre des couleurs: les magasins ont rouvert, les employés sont de retour au bureau, la consommation repart mais en pleine saison estivale, le coeur n’y est pas. Malgré ce frémissement de reprise, les différents indicateurs sont globalement toujours dans le rouge pour l’année 2020, et difficile de prédire ce que donnera l’année 2021. 

L’inflation totale est en baisse, dû en grande partie à la chute des prix pétroliers, ne donne aucun signe de reprise. «Pas pour 2020 en tout cas, et nous serons sous les 2% en 2021», note Yves Nosbuch. Au Luxembourg, la gratuité des transports publics en mars dernier a également influé sur la baisse de l’inflation. Aux Etats-Unis, le taux d’inflation suit de près la tendance européenne, loin de l’objectif des 2%.  

Réponse budgétaire massive

La réponse budgétaire des gouvernements face à la crise a été massive: les gouvernements ont mis en place des aides directes, via notamment le chômage partiel, «avec un effet immédiat sur le budget», ainsi que des prêts garantis par l’Etat. «Cela entraîne des règles budgétaires assouplies au niveau de l’Union Européenne, car l’on table sur un recul de 8,5% du PIB», poursuit Yves Nosbuch.

La réponse de l’UE ne s’est pas fait attendre, avec un «recovery fund» de 750 milliards d’euros, encore en cours de validation. «C’est une idée novatrice et différente de tout ce qui s’est fait jusqu’à présent», estime l’économiste.  

Du côté des perspectives, on est loin d’être à la fête. Une contraction historique de l’activité est à noter, «des niveaux jamais enregistrés depuis le début des statistiques en la matière. Nous avons observé un rebond très net au deuxième semestre, qui reste sous le seuil de référence».  

La contraction du PIB en zone Euro s’est suivi d’un rebond très net au deuxième semestre, mais sans retrouver le niveau d’avant crise: avec un recul de 9% du PIB en 2020 et une inflation à 0,1%, les perspectives sont loin d’être réjouissantes.  

Si les grosses structures souffrent, Yves Nosbuch estime que les «PME sont les plus exposées à la crise», des PME qui sont plus nombreuses dans des pays comme l’Espagne ou l’Italie. Pour ce dernier, «l’endettement des entreprises est un frein à la reprise». Déjà historiquement endettées avant la crise, le phénomène s’est accentué d’autant plus pendant le confinement.

Si les mesures de chômage partiel en Europe ont permis d’endiguer une montée en flèche du chômage, ce n’est pas le cas aux Etats-Unis où déjà 20 millions de postes ont été détruits depuis le début de la crise. Autant de personnes qui n’ont aucun filet de sécurité pour se remettre en selle.

D’autant que la situation épidémique est loin de permettre de prévoir un retour à la normale, aux Etats-Unis il est question de 50.000 infections journalières, elles sont également reparties à la hausse depuis quelques jours au Luxembourg.

Les ménages qui ont beaucoup épargné pendant la crise, consomment aujourd’hui, mais l’effet sera de courte durée estime l’économiste: «Nous assistons aujourd’hui à un rebond mécanique mais à moyen terme les ménages risquent de miser sur une épargne de précaution».