LUXEMBOURG
AUDREY SOMNARD

Comment allier microfinance et microassurance? L’un ne va pas sans l’autre, ont expliqué hier les intervenants du Midi de la microfinance

Si la notion de microcrédit fait son chemin et commence à toucher de plus en plus la population dans des zones reculées, les risques inhérents au remboursement restent. Accident, maladie, catastrophe naturelle, les clients ont beau être de bonne foi, le hasard peut compliquer les choses et empêcher les remboursements en temps et en heure. Dans les pays occidentaux, l’assurance est obligatoire pour les prêts conséquents. Mais ce n’est pas le cas sur le continent africain où la notion même d’assurance ne fait pas partie de la vie quotidienne. En Afrique, seulement 5,4% de la population a accès à de la microassurance, c’est très peu. Le concept en soi d’assurance est bien difficile à faire rentrer dans les mœurs: «On nous demande souvent si dans le cas où rien n’est arrivé, est-ce que l’argent mis sera remboursé, il y a un gros travail d’explication, la notion même d’assurance santé n’est pas intégré en Afrique», explique Annet Mulindwa, «Managing director of Finance trust bank» en Ouganda, une ancienne ONG devenue banque à part entière il y a 35 ans. La microfinance comporte des risques, notamment car les bénéficiaires de prêts peuvent tomber malade et n’ont pas les moyens de se soigner correctement, par manque d’assurance maladie. Pour la directrice, ces micro-prêts sont risqués, et les compagnies d’assurance sont là pour réduire ces risques, «quand le client meurt ou qu’une catastrophe arrive, cela réduit les risques pour la banque. Si les femmes sont en bonne santé, elles rembourseront leur prêt, elles ont donc besoin d’une assurance santé», explique-t-elle.

444 millions à avoir un abonnement de téléphonie mobile

Mais il y a un gros travail à faire pour expliquer le concept même d’assurance, dans des zones où la clientèle est souvent sous-éduquée, voire illettrée. Dans le même temps, les Africains sont pourtant hyperconnectés puisqu’ils sont 444 millions à avoir un abonnement de téléphonie mobile. Mais les disparités sont grandes. Ainsi, il existe un fossé de 23% entre homme et femmes sur le digital, ces dernières étant à 14% moins susceptibles d’avoir un téléphone portable que leurs homologues masculins. «Les conditions d’utilisation des prêts sont expliqués sur place oralement par les employés des banques et autres instituts de micro-crédit, de toute façon il n’y a pas d’exclusion de l’assurance, ce qui simplifie beaucoup les choses. C’est le cas par exemple pour les femmes sur l’avortement. C’est illégal en Ouganda, mais ce n’est pas un cas d’exclusion d’assurance. Nous devons faire ce saut dans l’inconnu pour faire en sorte que cela marche», précise Gilles Renouil, directeur de la microassurance à la «Women’s world banking» aux Etats-Unis.

Le système est donc grandement basé sur la confiance, le taux de réclamation est encore très faible. Même ceux qui ont souscrit à une assurance ne savent pas comment procéder en cas de problème. La digitalisation pourrait aider dans ce cas. Des proches d’un client malade ou hospitalisé pourraient faire les démarches auprès de l’assurance. Pour 1 à 1,5 dollar par mois, il est possible de souscrire à une assurance santé premium, ces dernières sont à 75% réclamées par des femmes. «Quand elles en comprennent l’intérêt, elles l’utilisent», estime Gilles Renouil. Et Annet Mulindwa de rajouter: «Aller à l’hôpital est coûteux, mais quand on a une assurance, cela améliore énormément les choses, et nos clients s’en rendent compte».