Cyril Horiszny est un journaliste-photographe bénéficiant d’une double culture: française et ukrainienne. A 36 ans, Horiszny est historien mais a toujours voulu s’orienter vers le journalisme. Après un doctorat à la Sorbonne commencé en France et poursuivi aux USA à Harvard, l’un des ses professeur l’invite en Ukraine pour enseigner à l’université catholique de Lviv. «Je me suis enraciné là. J’ai vécu la Révolution Orange de 2004. J’analyse cette révolution comme une sorte de dénouement d’une suite de scandales et même de crimes puisque l’on se rappelle, par exemple, l’assassinat du journaliste, Gueorgui Rouslanovitch Gongadzé, enlevé et assassiné par le pouvoir autoritaire en place à cette époque».
Photographier des Ukrainiens tristes?
Il décide de s’installer en Ukraine et de témoigner: «Je poursuis mon travail pour la presse et expose mes photos un petit peu partout en Europe. Le temps passant, les commandes tendent à se ressembler: Tchernobyl, les Femen, la place Maïdan… c’est vendeur... Ensuite il y a Newsweek qui me demande des photos «d’Ukrainiens tristes». Et c’est un déclic. Je me pose alors la question de savoir si c’est cela que je veux faire: montrer cette vision réductrice alors qu’il y a tellement de choses à montrer de ce pays».
De fait, Cyril Horiszny n’est pas d’accord avec ce qu’il voit et entend dans les médias occidentaux. Il ne comprend pas que certains Ukrainiens de l’Est se rapprochent aujourd’hui de la Russie: «On ne comprendrait pas en France que les Basques ou les Alsaciens aillent pour les uns avec l’Espagne et pour les autres vers l’Allemagne. Ils sont Français. Là bas, ce sont des Ukrainiens, un point c’est tout!». Par contre il constate que paradoxalement, les actions de Poutine aujourd’hui renforcent le sentiment patriotique des Ukrainiens.
Il commente: «De fait, il y a des logiques politiques et des logiques économiques qui rentrent en jeu dans la problématique ukrainienne. Il y a même une problématique stratégique. Ainsi, Vladimir Poutine dont l’ambition est de redonner à la Russie son statut d’empire, voit d’un très mauvais œil le tropisme pro-européen de ce pays d’autant qu’il imagine que derrière l’Europe se trouve l’OTAN. Sans un glacis stratégique entre la Russie et l’Europe, le maître du Kremlin se sent agressé par cette démarche. S’ajoute bien sûr à cela le fait que la richesse industrielle se trouve à l’Est du pays ainsi que l’accès à la mer noire pour la Russie. On a senti l’Europe bien impuissante dans cette histoire. Aujourd’hui l’Ukraine est scindée et beaucoup, en Europe, ont l’impression qu’elle le restera».
Poutine veut détruire l’Ukraine
Cyril Horiszny, pour sa part assure: «Poutine a engagé le même scénario en Géorgie et le fait aujourd’hui en Ukraine au nom des minorités qui vivent dans ces régions qui veulent être rattachées à la Russie. Cela rappelle la période d’avant guerre en Allemagne lorsque Hitler avait envahit les Sudètes. Depuis son autonomie, entre la Révolution Orange et Maïdan, les événements d’aujourd’hui, le tempo est serré. Le pays sort d’une présidence totalitaire et corrompue. Aujourd’hui tout va dépendre du nouveau président. Jusqu’à ce jour, dans ce pays, le pouvoir a toujours été corrompu. Le peuple ne sait plus aujourd’hui à qui faire confiance. Il n’y a pas d’autorité morale à qui on peut faire confiance. Tous les politiciens en Ukraine viennent du monde des affaires. Il n’y a pas comme en France de grandes écoles d’administration comme l’ENA. On est dans un système qui passe d’un extrême à l’autre. Ici, trop d’ENA et là-bas trop de business. Il n’y a pas d’histoire politique référente en Ukraine. Encore aujourd’hui, la corruption et les bakchichs règnent en maître. Si on veut inscrire son enfant a l’école, il faut un bakchich, si on veut un papier administratif, encore un bakchich...».
Laisser du temps au temps
CyrilHoriszny développe: «Quand je reviens en France, je me rends compte du fossé qui existe entre les deux pays. L’Ukraine vit une crise permanente depuis 300 ans. Les gens n’ont rien mais ils partagent et ont appris à vivre en interdépendance. Quand on revient ici, les gens sont beaucoup plus individualistes. Aujourd’hui, le président actuel est lui aussi issu du monde des affaires. Et l’on est loin de ce que l’on espérait. Il faut attendre les nouvelles générations qui ont fait Maïdan, qui ont étudié à l’ouest, qui ont d’autres visions, vus d’autres pays. Ce sont elles qui pourront agir».
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