CANNES
THIBAUT DEMEYER

«Chambre 212» de Christophe Honoré, coproduit par Bidibul Productions, fait l’unanimité

Après la compétition officielle en 2018 avec «Aimer, plaire et courir vite», Christophe Honoré a présenté à «Un Certain Regard» sa nouvelle œuvre coproduite par la société luxembourgeoise Bidibul Productions intitulée «Chambre 212». Il s’agit d’une œuvre atypique à laquelle le cinéaste français ne nous a pas habitués. Un vrai régal !

De prime abord, le thème n’est pas très réjouissant:Christophe Honoré traite de la remise en question de l’amour à travers le temps qui passe. Un sujet qui aurait pu rapidement tourner à la dépression. Mais la réalisateur a préféré l’angle de la comédie psychologique dotée de dialogues qui valent leur pesant d’or. On ne citera d’ailleurs qu’une seule réplique «Si on ne peut plus tromper son mari avec son mari» en guise d’exemples de ce qui vous attend.

Maria, alias Chiara Mastroianni, est professeure de droit, avec Richard, son mari, alias Benjamin Biolay, sans profession précisée, ils sont mariés depuis vingt ans. La routine du couple s’installe sans faire de dégâts apparents. Tout semble bien se passer dans le meilleur des mondes. Mais attention, les apparences sont souvent trompeuses. Ils vivent comme frère et sœur dira Maria lorsque Richard découvrira qu’elle a un amant qui n’est autre qu’un de ses élèves à la faculté. Liaison qu’elle qualifiera, pour se justifier auprès de son mari, d’occupation sexuelle! La discussion s’installe, les compromis sont vains, c’est la rupture inévitable ou du moins leur relation est en point de suspension. Maria décide alors de quitter l’appartement. Elle s’installe pour la nuit à l’hôtel d’en face dans la chambre 212 et observe en catimini la réaction de Richard, qui ne sait pas où se trouve sa femme.

Une oeuvre surréaliste

A la manière de Bertrand Blier, Christophe Honoré nous plonge dans le surréalisme faisant intervenir différents personnages de la vie passée, présente et future de Maria. D’un côté, nous avons Vincent Lacoste qui représente la jeunesse de Richard, l’homme que Maria a aimé lorsqu’ils avaient 25 ans. Arrive ensuite la mère, qui juge sa fille Maria du fait de ses nombreuses relations intimes qu’elle a eues avant et après le mariage. Mais la mère en prend aussi pour son grade car la grand-mère y met son grain de sel expliquant qu’en définitive, si sa petite fille est accro aux hommes, ce n’est pas par hasard. C’est qu’il y a un passé génétique. Mais la situation ne s’apaise pas, bien au contraire, le cauchemar continue lorsque tous les amants de Maria débarquent dans cette petite chambre d’hôtel. Et pour ponctuer le tout, sa «Volonté», une sorte de sosie de Charles Aznavour, s’invite aux débats.

On pourrait s’arrêter là mais quand Christophe Honoré fait quelque chose, il le fait bien. Alors, il ajoute un quatrième personnage dans ce trio amoureux, à savoir la professeure de piano de Richard lorsqu’il n’était encore qu’un adolescent. Une situation amoureuse qui nous fait penser à Emmanuel Macron et son épouse Brigitte. La professeure, interprétée par Camille Cottin, continue à croire à l’amour avec Richard, que tout est encore possible. Mais lorsqu’elle traverse la rue pour rencontrer le Richard de la cinquantaine, la donne a changé. Ce qui émoustillait Richard, il y a trente ans, n’a plus d’effet. Il n’est plus amoureux de sa professeure. En revanche, c’est de Maria qu’il est encore amoureux.

Quator d’acteurs haut de gamme

Compliqué tout cela? Voire indigeste? Non, absolument pas. C’est même succulent car Christophe Honoré nous offre non seulement un quatuor d’acteurs haut de gamme, que ce soit Chiara Mastroianni, Benjamin Biolay, Vincent Lacoste ou Camille Cottin, qui est en train de gagner ses galons de star après avoir été découverte par le grand public dans la série à succès «dix pour cent», mais aussi un huis-clos qui doit son intérêt à la qualité d’interprétation, un scénario bien écrit et surtout des dialogues pertinents et croustillants. Et là, Christophe Honoré nous régale comme jamais, n’hésitant pas non plus à insérer de l’humour comme pour rappeler que la vie n’est pas nécessairement une tragédie.