LUXEMBOURG
C. CHATON, C. KURZAWA & A. SOMNARD

Pour le Premier ministre Xavier Bettel, le Forum de Davos revêt un aspect informel et multilatéral

Comme l’an dernier, le Premier ministre Xavier Bettel représente le Luxembourg au Forum économique mondial (WEF) de Davos. Depuis la station suisse, l’occupant de l’Hôtel de Bourgogne nous livre son ressenti et l’approche qu’il utilise pour positionner le Grand-Duché sur l’échiquier mondial.

Est-ce que ce Forum de Davos est pour vous une occasion politique de rencontrer vos homologues et discuter des traités commerciaux mondiaux ou bien s’agit-il plutôt d’un rendez-vous à caractère économique où il faut défendre les intérêts commerciaux du Luxembourg?

Xavier Bettel Le WEF est pour moi avant tout un forum d’échange et de rencontres informelles. C’est un rendez-vous insolite dans mon agenda - pendant une semaine les leaders politiques, dirigeants économiques, partenaires sociaux et activistes du monde entier se réunissent à Davos, ce qui nous permet de se mettre tous autour d’une table et de discuter des défis pressants de nos sociétés et de trouver des solutions communes.

Ceci devient de plus en plus important car, au cours de ces dernières années, nous avons vu la polarisation économique et politique s’intensifier au niveau mondial. Les turbulences géopolitiques actuelles peuvent avoir tendance à nous conduire vers un monde unilatéral et instable, rempli de luttes de pouvoir à un moment où nous devons nous concentrer d’urgence sur la collaboration pour faire face à nos risques communs. Nous avons besoin d’une approche multilatérale. Je suis d’avis que les décisions sont mieux prises lorsque tout le monde est écouté et le WEF est un cadre optimal pour cela.

Le WEF fournit également un cadre optimal pour promouvoir le Luxembourg: nous sommes un des pays le plus ambitieux dans la lutte contre le réchauffement climatique et sommes en train de mettre en place des mesures effectives pour arriver à notre objectif de devenir neutre en émissions de carbone d’ici 2050 au plus tard. Nous sommes reconnus pour être un des pays le plus innovant au monde. Et nous continuons notre quête pour devenir le «frontrunner» de la digitalisation en Europe.

Puisqu’il est question à l’agenda de la lutte pour sauvegarder la planète, comptez-vous mettre en avant le développement de la finance verte sur la place luxembourgeoise à Davos en présentant des solutions «made in Luxembourg»?

Bettel Il est clair que la question qui préoccupe tout le monde cette semaine à Davos - et à juste titre - est le changement climatique. Je suis convaincu que l’économie et le monde de la finance ont une responsabilité à jouer dans ce domaine. Au cours des dernières années, la place financière luxembourgeoise s’est établie comme le leader européen dans la finance verte et durable, notamment au travers de sa Bourse, le Luxembourg Stock Exchange, qui a coté la première obligation verte au monde. Ainsi, le Luxembourg est en train de préparer le terrain pour que la finance durable puisse remplir son rôle dans la réalisation du développement durable.

Ce succès témoigne aussi de l’esprit de collaboration, qui existe ici à Luxembourg entre le secteur financier, le gouvernement et la société civile, dans le domaine de la finance durable. Grâce aux efforts fournis par tous au cours des années, le Luxembourg s’est établi comme un des leaders européens dans ce domaine, et c’est ensemble qu’on développera l’avenir de la finance durable.

Ces dernières années, des sujets tels que le space mining ou la digitalisation étaient promus lors du WEF avec une trentaine de rendez-vous pour promouvoir le Luxembourg en tant que pays clé pour ce type d’investissement. Que voulez-vous mettre en avant cette année et quelles entreprises en particulier?

Bettel Davos est avant tout un forum où des discussions de toutes sortes peuvent avoir lieu et où les gens peuvent échanger leurs points de vue sur les défis pressants de notre temps. Il ne s’agit donc pas seulement de promouvoir le lieu, mais aussi d’échanger des idées et d’apprendre les uns des autres. Par exemple, lorsque j’ai rencontré plusieurs experts ici à Davos l’année dernière dans le domaine de l’intelligence artificielle, cela a eu une influence sur le fait que nous avons présenté en mai dernier une stratégie nationale sur l’IA, qui prend également en compte les dangers sans négliger le potentiel.

Mais bien sûr, à Davos, nous essayerons aussi d’engager des discussions avec les décideurs et de promouvoir le Luxembourg comme site d’implantation. Cette année, c’est en particulier le domaine de la finance verte, des technologies du futur, mais aussi, de plus en plus, de la numérisation, de la cybersécurité et des technologies et activités spatiales. Nous sommes en pourparlers avec Apple, Paypal, Google, Booking.com et CISCO, entre autres, mais aussi avec des ONG, des représentants syndicaux internationaux et de jeunes militants.