CLAUDE KARGER

Ça y est, la campagne des présidentielles françaises qui auront lieu les 23 avril (premier tour) et 7 mai (second tour) prochains est bien lancée depuis cette semaine, avec l‘entrée en lice officielle de Nicolas Sarkozy. Le retour en force de l’ancien président - qui avait juré en 2012 d‘arrêter la politique s‘il perdrait les élections présidentielles - juste avant la rentrée tous azimuts dans l’Hexagone la semaine prochaine n‘a guère surpris. Car Sarkozy, que d’aucunes disaient encore plus «politiquement mort» qu’il ne l’était en 1995 lorsqu’il sombra dans les présidentielles avec Edouard Balladur, s‘évertue depuis des mois à préparer sa troisième campagne pour l‘Elysée.

A coups de matraquage verbal d‘un semblant laxisme sécuritaire du pouvoir en place, de stigmatisation de l’islam, de problématisation de l’immigration et de discours identitaires aux trousses du Front National - puissance montante dans les dernières élections - , dont la patronne s’était déjà déclarée candidate en février dernier. Mais pour pouvoir affronter Marine Le Pen et sans doute le président sortant socialiste, Sarkozy devra encore remporter la primaire à droite fin novembre. Et surtout battre le concurrent dont les sondages restent au beau fixe pour l‘instant, à savoir Alain Juppé, tout «force tranquille» face à l‘ex-président hyperactif, qui fait feu de tout bois et esquive autant qu‘il peut les questions sur son propre quinquennat alors que l‘ancien chef de la République entourloupé dans une série de dossiers judiciaires qui pourraient peser sur sa campagne. Normal qu‘il ne veuille pas s‘en souvenir, pas plus que de la situation désastreuse des finances publiques françaises et du pic de chômage au bout de son mandat à l‘Elysée qui, il est vrai, coïncidait avec une des plus graves crises financières et économiques depuis 1929. Le candidat qui réclame aujourd‘hui un renforcement de l‘appareil sécuritaire, peine aussi à se souvenir du fait que des milliers de postes dans la police et la gendarmerie ont été supprimés sous sa responsabilité... «Tempi passati!»

Mais, «le pire c‘est qu‘il peut gagner», comme s‘inquiétait «Libération» cette semaine. Car face à un camp socialiste déchiré, dont une partie est occupée à défendre le maigre bilan de François Hollande tandis que l‘autre s‘évertue de le démonter à tour de bras, face à un FN montant, mais sans vrai programme pour gouverner et qui plus est adepte d‘une sortie de l‘UE qui pourrait encore affaiblir davantage l‘économie française, le candidat Sarkozy pourrait bien s‘imposer au finish des primaires des Républicains face à un Juppé hésitant... et remporter les présidentielles face à Marine Le Pen au bout d‘une course à l‘Elysée qui pourrait en rappeler d‘autres: un candidat de droite élu avec le soutien de la gauche pour éviter un président d‘extrême-droite. Le vieux briscard Sarkozy sait évidemment toutes ses chances pour devenir le «moins pire» chef de l‘Etat et il a démontré par le passé qu‘il était un excellent surfeur sur les peurs des Français - quitte à ne pas s‘attaquer aux racines des problèmes. Aujourd‘hui, la France, traumatisée, toujours en état d‘urgence, aurait besoin plus que jamais de rassembleurs aptes à proposer un projet d‘avenir crédible au lieu d‘un flot d‘élucubrations de rejet des minorités et des responsabilités. Or, il ne s‘en pointe guère à l‘horizon pour l‘instant. Ce qui ne peut qu‘inquiéter.