LUXEMBOURG
CHRISTIAN STAUB, RESPONSABLE EUROPE, FIDELITY INTERNATIONAL

L'analyse du samedi par Christian Staub, Responsable Europe, Fidelity International

Fidelity en quelques mots

Depuis 1946

Fondée en 1969, Fidelity International est la branche de gestion internationale de Fidelity Investments, fondée à Boston en 1946. Elle est devenue indépendante de la firme américaine en 1980 et est aujourd’hui détenue majoritairement par l’équipe de direction et la famille fondatrice. Fidelity International fournit des solutions d’investissement de premier ordre et une expertise en matière de retraite aux investisseurs institutionnels et particuliers ainsi qu’aux conseillers financiers. Fidelity International gère et administre 503,4 milliards d’euros d’actifs pour le compte de plus de 2,5 millions de clients en Asie Pacifique, en Europe, au Moyen-Orient et en Amérique du Sud.
www.fidelity.lu

Les crises financières entraînent souvent une réévaluation de l’utilité sociale. Après la crise de 2008, Adair Turner, alors Président de l’Autorité britannique de régulation des services financiers, décrivait certains des aspects du marché des dérivés de crédit comme « socialement inutiles ». Au cours des onze années suivantes, les préoccupations relatives à l’utilité sociale de la finance se sont d’abord concentrées sur les produits marginaux, avant de s’attaquer aux fondements mêmes des capitaux propres.
Une plus grande attention est désormais accordée au rôle du capital dans notre système financier, aux moyens qui permettraient de l’exploiter plus efficacement pour soutenir l’économie réelle et à la manière d’aborder l’équilibre entre la valeur des actionnaires et celles des parties prenantes. La réglementation aura pour objectif d’aborder ces questions de manière pratique. L’Union des Marchés des Capitaux de l’Union européenne (UMC) ainsi que les recommandations du Forum de Haut Niveau (FHN) offrent une réelle opportunité de réunir les intérêts communs de la Société et de la finance, afin de pouvoir offrir un nouveau souffle à l’économie européenne.

Trouver un objectif à l’UMC

La résilience financière des ménages joue un rôle central dans ce cadre d’action. Le rôle d’un marché de capitaux socialement intégré est de permettre la diffusion puis l’utilisation de l’épargne des ménages vers l’économie réelle, tout en assurant sa rentabilité. L’UMC nous rappelle ce principe dans la structure même de sa conception, avec d’un côté les foyers à la recherche d’opportunités d’investissement et de l’autre les industries nécessitant des financements.
De là découle l’ambition de stimuler la participation des investisseurs particuliers à la croissance économique de l’UE, en cherchant à faire des salariés des propriétaires d’actifs. Pour y parvenir, il est nécessaire de renforcer l’éducation financière, afin que les citoyens puissent comprendre comment faire correspondre leur capacité d’épargne et l’univers d’investissement qui s’offre à eux. Une base d’investisseurs plus étendue requiert un choix plus large et plus fin d’émissions d’entreprises. Le soutien de la CMU et du FHN en faveur d’une plus grande participation des PME aux marchés des capitaux, que ce soit par le biais de Solvabilité II, de Bâle III ou d’ELTIF, constitue donc un pilier central nécessaire.
Les PME sont l’un des principaux moteurs de la croissance économique au niveau national, l’amélioration de leur accès au financement favorisera la création d’emplois, mais aussi l’accroissement des investissements. Afin d’encourager ces entreprises à faire appel au marché de capitaux pour la première fois, il serait bon qu’elles puissent bénéficier d’un certain allègement des réglementations sur les abus de marché qui visent en premier lieu les grandes institutions.
Ainsi, un plan solide visant à encourager une plus grande participation aux marchés boursiers ne renforcerait pas seulement la résilience financière des ménages, mais aussi celle des entreprises. En rééquilibrant la répartition des financements, de manière à privilégier les actions plutôt que la dette, les PME seront moins vulnérables en cas de crise soudaine affectant les crédits et liquidités. Si les intérêts de la Société et des entreprises doivent être plus étroitement associés aux capitaux propres, alors la résilience des entreprises devient une fin en soi. Les entreprises non résilientes fragilisent à la fois leurs employés et leurs investisseurs, mais aussi le système économique dans son ensemble.
Certains éléments de l’UMC permettront aux gérants d’actifs de guider les entreprises vers des modèles plus résilients, par l’allocation ou la gestion de capital. Les propositions du FHN concernant l’actionnariat sont un pas dans la bonne direction, tout comme les propositions visant à redynamiser la recherche économique et financière sur les PME et le programme européen d’aides aux entreprises.
Il est cependant possible d’élargir le champ d’action. La création d’un nouveau modèle de capital suppose que tout soit fait pour atténuer les risques systémiques susceptibles de lui porter atteinte. Nous en revenons aux événements de l’année 2008, dont la réponse a fourni un schéma directeur pour des modèles de résilience financière.
L’initiative de la CMU clarifie l’intérêt social des capitaux propres, soutenu par les deux piliers que sont une participation accrue des particuliers aux marchés boursiers et une plus grande diffusion des émissions d’entreprises. Les entreprises fragiles risquent toutefois de rompre le cercle vertueux de la création de valeur et de l’accroissement de l’activité économique, ainsi que la confiance des investisseurs individuels déjà méfiants. Par conséquent, les décideurs politiques se voient contraints d’envisager un troisième pilier: celui de la résilience des entreprises.