MOSCOU
ANGELINA DAVYDOVA, KOMMERSANT

Des bisons contre la fonte du permafrost de Sibérie

Selon le dernier rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l‘évolution du climat (GIEC) publié en octobre dernier, la hausse des températures mondiales de 1,5°C au dessus des niveaux préindustriels provoquera la fonte de 4,8 millions de mètres carrés de permafrost; un chiffre qui pourrait atteindre les 6,6 millions de mètres carrés si le réchauffement atteint les 2°C. Aujourd’hui, le permafrost recouvre une surface terrestre de 23 millions de mètres carrés, notamment en Sibérie, en Alaska, dans l’archipel arctique canadien et dans quelques autres régions montagneuses, soit un quart de l’hémisphère nord de la planète.

Des énormes espaces gelés

La plupart de ces terres glacées se trouvent en Russie, représentant 50 à 60% du territoire national selon les saisons. Mais d’après un rapport récent du ministère russe de l’Environnement et des Ressources Naturelles, la Russie se réchauffe plus rapidement que la plupart des régions du globe. Entre 1976 et 2017, les températures y ont augmenté en moyenne de 0,45°C par an, contre 0,18°C dans le reste du monde.

Un groupe de chercheurs de l’Université George-Washington, du Département d’hydrométéorologie de l’Université de Saint-Pétersbourg et de l’Institut de cryosphère terrestre de Moscou, estime que ces changements ont entraîné le réchauffement et le recul, jusqu‘à 100 km au Nord, du permafrost russe. Ils expliquent également qu’une hausse d’un seul degré de la température moyenne planétaire entraînerait la fonte d’une partie du permafrost d’une surface similaire à celle de la Mongolie ou du Groenland.

Mais Nikita Zimov, un scientifique russe de 35 ans, a une autre idée. Il habite depuis son enfance avec sa famille dans une station de recherche scientifique au nord-est de la République de Sakha, au dessus du cercle Arctique. Après des études à l’Université d‘État de Novossibirsk, il est retourné à la station pour y travailler. Avec l’aide de son père Sergey Zimov, il a eu l’idée de recréer l‘écosystème de l’Arctique avant l’apparition des premiers hommes, quand les steppes de la toundra étaient des zones extrêmement fertiles.

„Nous essayons de réintroduire de grands animaux, dont la présence stimulerait la pousse de l’herbe, permettant d’absorber le CO2 contenu dans l’atmosphère et de le stocker dans le sol“, explique-t-il. „Ces animaux piétineraient également la neige, ce qui la rendrait plus dense et lui permettrait de mieux geler durant l’hiver, empêchant ainsi la fonte du permafrost. Cela rendrait la couleur des prairies plus claire que celle de l‘écosystème actuel, composé de petits arbustes et de marécages, limitant l’effet albédo“. Un effet selon lequel les surfaces de couleur sombre absorbent plus de rayonnement solaire alors que les zones plus claires les réfléchissent et les renvoient dans l’atmosphère. En 1996, son père avait lancé ce projet dans le parc du Pléistocène, une réserve de 144 kilomètres carrés près de la station de recherche et à 150 kilomètres de l’océan Arctique. Le parc héberge actuellement plus de 100 animaux, qui vivent dans une zone protégée de 20 kilomètres carrés, dont des yacks, des moutons, des rennes, des chevaux iakoute, des vaches de Kalmoukie, des bisons d’Europe et des boeufs musqués.Angelina Davydova, Kommersant

Cet article est publié dans le cadre de www.solutionsandco.org , une initiative collaborative internationale rassemblant 20 médias business du monde entier mettant en lumière les entreprises changeant d‘échelle pour lutter contre le changement climatique.