LUXEMBOURG
AUDREY SOMNARD

La reprise du bâtiment s’accompagne de tests massifs pour le secteur

L’année 2020 a beau être exceptionnelle sur tous les points, le secteur du bâtiment n’a pas dérogé à ses congés collectifs du mois d’août. Trois semaines de repos, une tradition actée de longue date par le secteur et qui avait fait l’objet de négociations avortées au début du mois de juillet. La majorité des employés du secteur ont donc repris le chemin des chantiers lundi pour cette reprise, à part ceux qui prennent une quatrième semaine de congés dans la foulée. Pour Jean-Luc de Matteis, délégué OGBL pour le secteur de la construction, cette reprise se passe bien, sans retard de chantiers: «Il n’y a pas eu d’intempéries cet hiver, sachant que le secteur a été le premier à reprendre et que tout a été rattrapé ou presque via des heures supplémentaires». Sauf pour le chantier du tram de Luxembourg-Ville qui a bénéficié d’une dérogation et dont le chantier s’est poursuivi pour coller au planning.

Côté patronat, la tenue des congés collectifs n’était pas une «bonne nouvelle», assure le directeur de la Chambre des Métiers Tom Wirion, qui regrette que des aménagements de congés n’ait pas pu être négociés, mais préfère rapidement voir le positif et «aller de l’avant». Si tout le monde est bien rentré de congés, avec les batteries rechargées, Tom Wirion a observé que certaines entreprises, non tenues aux congés collectifs mais qui les appliquent habituellement pour suivre la chaîne de commande, ont continué à travailler cette année. Une activité qui a été donc quelque peu inhabituelle, sans compter les dérogations sur différents gros chantiers.

Rattrapage possible

La bonne nouvelle, estime Tom Wirion, c’est que le secteur de la construction va pouvoir «rattraper» la période du confinement, ce qui n’est pas le cas avec le secteur des services: «Pour les coiffeurs, vous n’allez pas vous faire couper les cheveux plusieurs fois, même chose pour les restaurants, hôtels ou esthéticiennes». Le secteur de la construction peut donc s’estimer «chanceux» de pouvoir rattraper le retard, d’autant que le gouvernement a assuré son soutien via les investissements publics, un gros pourvoyeur d’emplois pour le secteur.

Mais des inconnues demeurent, notamment les communes qui pourraient reporter leurs investissements, s’interroge Tom Wirion. Le comportement des consommateurs privés va être aussi déterminant pour le secteur: «Ont-ils envie de procéder à la rénovation de leur logement malgré tous les incitatifs financiers de l’Etat? Personne ne le sait, c’est difficile de le prévoir. Mais en dépit de ces incertitudes, le secteur «pourrait s’en sortir pas trop mal», se risque à prédir Tom Wirion.

Cependant, l’indicateur d’activité, dressé par la Chambre des Métiers au deuxième trimestre parmi ses membres, montre une baisse de 27% pour l’artisanat en général. S’il est difficile d’en retirer une véritable tendance pour le secteur de la construction en particulier, ce dernier suit néanmoins une tandance globale pour le secteur. Par comparaison, la Chambre des Métiers avait réalisé le même type de sondage auprès de ses membres lors de la crise de 2008, et l’indicateur d’activité avait alors baissé de 12,5%, ce qui avait reflété une tendance de fond pour le secteur de la construction. Pour le moment, Tom Wirion reste confiant pour l’avenir, mais reste quand même sur ses gardes pour la fin de l’année qui va être plus difficile: «Nous ferons le bilan en fin d’année, surtout en ce qui concerne les liquidités des entreprises, ce qui sera parlant après la fin du moratoire des banques, la fin de la suspension des charges etc».

En attendant, à la demande du secteur et du ministère de la santé, 55% des salariés du secteur sont invités à passer des tests COVID-19 dès leur retour sur chantier. Cette fois, c’est le chef d’entreprise qui désigne les employés plus suceptibles d’être en contact proche avec les collègues et les clients, ce qui n’avait pas été fait auparavant. L’invitation au test reste à la discrétion de l’employé: «Ce n’est pas obligé, c’est gratuit, ce n’est jamais une mauvaise chose d’autant que c’est une population qui est partie et revenue en même temps de congés», conclut Jean-Luc de Matteis.