LUXEMBOURG
CATHERINE KURZAWA

La situation des pensions est-elle si désespérée? La Fondation IDEA a.s.b.l. a posé la question hier

Avec une pension de vieillesse moyenne à 3.084,28 euros selon les données de l’Inspection générale de la sécurité sociale, la retraite semble dorée au Luxembourg en comparaison à ses voisins. Mais le pays peut-il se permettre ce luxe éternellement? Cette question a animé la Matinale de la Fondation IDEA hier. Son directeur Muriel Bouchet a présenté une étude réalisée par ses soins en 2017 sur le sujet.

«C’est un peu comme un traîneau qui dévale une pente quand elle est de plus en plus raide: mieux vaut freiner au début que plus tard en urgence», résume l’économiste. Les dépenses de pension au Luxembourg sont appelées à passer de 9% du PIB en 2016 à 18% en 2070. En cause, le vieillissement de la population mais aussi l’afflux de travailleurs frontaliers.

D’ailleurs, 47,3% des pensions versées fin 2017 l’étaient pour des non-résidents, contre moins d’un quart encore en 1995. «En chiffres absolus, le nombre de pensions transférées à l’étranger a plus que quadruplé pendant les deux dernières décennies», renseigne l’Inspection générale de la sécurité sociale.

De la vie active à la retraite: écarts variables

Et à Jean Olinger de souligner une autre conséquence du phénomène: «Si les pensions sont versées à l’étranger, elles ne sont pas dépensées ici». L’ancien inspecteur des Finances et membre du Conseil National des Finances publiques a également pointé un autre aspect dans les pensions au Luxembourg: l’écart entre le niveau de salaire et le niveau de revenu une fois arrivé à la pension. Il est de 1,3 pour une personne travaillant au salaire social minimum contre 2,7 pour un ancien salarié bénéficiant d’un salaire équivalent à trois fois le revenu moyen. «Je trouve que c’est largement exagéré», a commenté Jean Olinger pour qui «il faut préserver le caractère d’assurance du régime».

Pour Robert Urbé, «le grand problème avec notre système est que nous sommes habitués à un modèle boule de neige». Le chargé d’étude «veille socio-politique» et rédacteur du «Sozialmanach» de Caritas Luxembourg estime d’ailleurs qu’avec des montants de pensions aussi élevés que reçoivent ceux qui avaient les plus gros salaires lorsqu’ils étaient dans la vie active, «ils peuvent très bien se payer une pension privée, on ne peut pas bâtir un système public sur de telles pensions».

Au Luxembourg, la pension maximale est d’environ un peu plus de 8.000 euros par mois, a rappelé Muriel Bouchet. Celui-ci préconise une réforme introduisant une adaptation des paramètres de la réforme de 2012 avec une augmentation de la partie fixe et une diminution de la composante proportionnelle et cela, graduellement, afin de protéger les plus petites pensions qui pointent à 1.800 euros par mois environ. «C’est un système communiste, ce n’est pas un système d’assurance», a critiqué Jean Olinger. Selon lui, «le problème n’est pas urgent» compte-tenu du fait que le Luxembourg dispose d’excédents à court et à moyen terme pour répondre à la hausse des dépenses de retraite. Ensuite, les revenus de la réserve pourront être utilisés.

Fin 2017, les recettes en cotisations dépassaient les dépenses en prestations de 694 millions d’euros, soit un surplus de 16,9% selon l’Inspection générale de la sécurité sociale. L’excédent consolidé du régime général affichait pour sa part 1,07 milliard d’euros, portant la réserve à 18,9 milliards d’euros. Et à l’institution de préciser que la réserve équivaut à 4,51 le montant des prestations annuelles, bien au-dessus du seuil requis de 1,5 fois. Tout cela n’empêche pas le directeur de la Fondation IDEA d’insister: «La situation va mécaniquement se détériorer».


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