LUXEMBOURG
CATHERINE KURZAWA

Herman Van Rompuy a présenté son analyse de la politique européenne

Il se présente lui-même comme «un pensionné» venu parler de l’avenir de l’Europe à Luxembourg. Invité jeudi soir par l’Ambassade de Belgique au Luxembourg, Herman Van Rompuy a présenté sa vision de l’état de l’Union: «Il y a beaucoup plus d’éléments qui sont plein d’espoirs qu’il y a trois ans», a souligné le président du Conseil européen de 2010 à 2014. Qu’il s’agisse de la politique, de l’économie, de la convergence entre États membres ou encore des indicateurs de confiance: le tableau est bien plus rose qu’au moment où le «sphinx» pilotait le Conseil européen.

Depuis lors, un dossier majeur a pris le devant dans l’agenda des États membres: le Brexit. «Le Brexit est une amputation politique pour l’Union européenne», a commenté Herman Van Rompuy. Fidèle à son pragmatisme, l’ancien Premier ministre belge a mis en doute l’agenda européen qui prévoit de discuter d’un éventuel accord de libre-échange en janvier prochain. «On ne sera pas prêts pour le 29 mars 2019», à savoir la date de sortie effective du Royaume-Uni de l’UE. «Il faudra couvrir la période après le Brexit et avant la conclusion d’un accord de libre-échange, c’est l’évidence même», a-t-il insisté.

Herman Van Rompuy a reconnu que le processus a toutefois permis de renforcer les liens entre les 27 États membres restants ainsi que «le support d’une grande partie de la population pour l’adhésion à l’UE». Un point de vue différent de celui du Premier ministre luxembourgeois Xavier Bettel: «C’est triste de dire qu’on a eu besoin du Brexit pour dire que c’est grâce à cela que les gens comprennent les avantages de ce que c’est l’UE», a-t-il rétorqué lors d’un débat qui a suivi la conférence. Soulignant les nombreux dossiers «chauds» qu’il a rencontré depuis qu’il représente le Luxembourg aux sommets européens, le libéral a relativisé: «On est comme un patient, 90% en bonne santé et 10% avec des problèmes».

L’économie avant tout

Pour Herman Van Rompuy, «le rapport de forces est déterminé maintenant par l’économie, beaucoup plus que par le militaire».

Et de souligner le retard de l’Europe en matière de nouvelles technologies, pour lequel le président honoraire du Conseil européen a appelé à «une politique en recherche, développement et innovation extrêmement dynamique et ça doit être reflété dans le budget de l’Union européenne de 2020 à 2027».

Quant à la montée des populismes, l’amateur de poèmes japonais semble voir le verre à moitié plein. Saluant la victoire d’Emmanuel Macron à la présidentielle française, il a aussi relevé que «les partis populistes en fait ne se sont pas réconciliés avec l’idée européenne, mais ont constaté qu’il y a toujours un soutien très fort pour l’Union et notre monnaie commune, l’euro».

En revanche, «ma grande crainte, c’est si on ne protège pas davantage, on passe très vite au protectionnisme et au nationalisme».

L’observateur averti de la politique européenne reste donc sur ses gardes. Et dans sa conclusion, il a d’ailleurs marché sur des œufs quant à l’épineux Brexit. «Évitons le pire et essayons de faire le mieux d’une situation qui n’est pas idéale du tout», a-t-il appuyé.