LUXEMBOURG
AUDREY SOMNARD

La fintech a préféré l’Irlande au Luxembourg pour son e-licence

Mauvaise nouvelle pour l’écosystème luxembourgeois des start-up: la Licorne Revolut, une banque digitale basée en Lituanie, a décidé de choisir Dublin plutôt que Luxembourg pour l’établissement de sa licence de monnaie électronique. La fintech est historiquement basée en Lituanie pour ce qui est de la banque, mais la majeure partie de ses équipes se situe à Londres. Revolut avait pour but de trouver une licence dans un pays de l’Union européenne, et les démarches au Luxembourg étaient bien entamées. La société Arendt Services avait même accompagné la fintech pour établir une entité légale au Grand-Duché afin d’obtenir son précieux sésame.

Mais ses plans sont tombés à l’eau, comme l’a annoncé le quotidien britannique «Telegraph» dimanche, relayé hier par nos confrères de «Delano». Revolut a changé ses plans et a préféré Dublin à Luxembourg pour y établir sa licence. Un revers que confirme une porte-parole du groupe contactée par le «Lëtzebuerger Journal»: «Une décision stratégique a été prise pour concentrer notre demande de licence électronique sur la République d’Irlande, qui est bien connue pour son orientation technologique et sa réserve de talents». Simple changement de stratégie ou accueil plus favorable de la fintech à Dublin? La «réserve de talents» pourrait être un tacle pour le secteur qui peine à attirer les spécialistes de la tech au Grand-Duché. Le CEO de LHoFT (Luxembourg House of Financial Technology), Nasir Zubairi, est beau joueur: «Nous ne pouvons pas tout avoir. Cette fois on perd, mais d’autres entreprises choisissent Luxembourg pour s’y installer». Le responsable refuse de parler de concurrence avec Dublin, «cela ajoute de la valeur au marché européen et à l’écosystème du secteur financier».

Priorité à la Lituanie et à l’Irlande

La Licorne n’a aucune envie de se froisser avec les autorités luxembourgeoises et précise que «tout au long de ce processus, nous avons eu un dialogue très positif et ouvert avec les régulateurs luxembourgeois et le ministère luxembourgeois des Finances, et nous avons communiqué notre décision directement au cabinet du ministre». Sans rancune donc? Même si la porte-parole évoque le contraire, la venue de Revolut au Luxembourg avait provoqué quelques remous.

En cause, une question parlementaire du député Laurent Mosar qui, sans jamais citer la fintech lituanienne, avait soulevé des doutes: «Au moins une grande entreprise qui a récemment fait une demande d’agrément serait signalée dans son pays d’origine pour non-respect des réglementations en vigueur ainsi que pour non-transparence». Le ministre des Finances Pierre Gramegna avait alors renvoyé la balle à la CSSF en matière de veille à la conformité des régulations. Le gendarme de la place financière a confirmé lundi soir que «Revolut a déposé un dossier pour une licence d’établissement de monnaie électronique en date du 24.12.2018 et a retiré sa demande le 25.07.2019». Pour ce qui est de Revolut, la banque digitale compte désormais se concentrer sur deux pays, la Lituanie pour le volet bancaire, et l’Irlande pour implémenter «un centre de paiement et de technologie». Rien d’inquiétant pour Nasir Zubairi qui estime que le Luxembourg peut à terme se positionner comme «business centre» plutôt que centre technologique pour ce qui est des fintech. Avec à la clé des emplois qui sont plus habituels sur la place financière.