LUXEMBOURG
AUDREY SOMNARD

Les «Venture capitalists» misent gros et espèrent rapporter gros

Yannick Oswald est gestionnaire de capital-risque chez Mangrove, ou «Venture capitalist» (VC), en accompagnant activement les start-up à leurs débuts. Avec un risque très élevé de pertes, 30% de leurs poulains vont faire faillite, les VC espèrent miser sur de futures stars.

Comment définissez-vous en quelques mots ce qu’est un VC?

YANNICK OSWALD Nous investissons un pool d’argent de nos clients dans des start-up pour les accompagner, les faire aller du stade «A» à «B» et solliciter plus de financements par la suite. Nous sommes toujours des actionnaires minoritaires, à hauteur de 20% de parts, avec un accompagnement très actif au début. Mais le fondateur garde le contrôle, nous ne prenons pas le pouvoir. 30% des start-up suivies vont faire faillite, l’idée est de flairer les tendances, trouver les start-up qui vont initier un engouement. D’un autre côté 30% deviennent un succès avec 2 ou 3 entreprises tous les 5 ans qui deviennent de très grands succès (type Skype, Wix, Walkme, etc.) Nous mettons sur la table entre 500.000 et 5 millions d’euros, nous misons sur des jeunes pousses avec de grandes ambitions. 60% des start-up auront besoin de refinancement, cela permet aux entreprises de croître plus rapidement, surtout dans le monde de l’internet où le marché est global et la vitesse d’accélération un facteur important.

Comment une start-up peut vous convaincre de la financer?

OSWALD Il faut venir avec un produit, une idée qui a un impact matériel sur la vie quotidienne. Parfois, la présentation est juste à l’état de slides, d’autres présentent leur produit. Il faut également que le marché soit assez grand. Ce qui est important c’est que le fondateur ait une bonne «histoire», qu’il montre sa passion, qu’il ait envie, cela va exciter d’autres investisseurs. J’ai par exemple passé la soirée avec un récemment jusqu’à 1h du matin à parler de son projet, je suis passionné.

Chaque VC a un focus. Nous nous focalisons sur le «early stage» pour mesurer l’engagement, la croissance organique des utilisateurs et voir la dynamique B2C (Business to customer) ou B2B (Business to Business), l’engagement, l’impact. Nous regardons dans les deux cas beaucoup l’engagement des utilisateurs finaux. Nous nous fichons pas mal des revenus, nous voulons voir les tendances. Sybel est un bon exemple, cette start-up française que nous avons accompagné reflète très bien la tendance de l’audio. C’est un thème que nous avons suivi en amont, des contenus pour le public de masse. Sybel a été lancée en mars de cette année et compte déjà 650.000 utilisateurs. Nous les avons financé avant même le lancement du produit.

Comment décidez-vous en interne?

OSWALD Nous avons vu 2.500 entreprises l’année dernière, nous en avons signé entre 6 et 10. Je regarde tous mes messages, tous, j’ai vraiment peur de rater la grande occasion donc je prends le temps de ne rien laisser de côté. Chez Mangrove nous sommes 15 au total, dont 8 personnes dédiées aux investissements. Quand un projet nous plaît, il faut le présenter aux autres, avec un processus interne qui doit faire l’objet d’un vote unanime. De cette façon, quand un projet est retenu, tout le monde est d’accord.

Les investisseurs de la Silicon Valley se déplacent cette semaine à Luxembourg. Une bonne nouvelle pour l’écosystème européen?

OSWALD C’est important d’attirer leur attention, car l’intérêt pour l’Europe est en hausse, mais c’est toujours dur de chercher de l’argent. Aux Etats-Unis, personne ne pose la question des revenus, il y a plus d’appétit pour le risque. Nous n’avons pas encore ça en Europe. Mais notre atout, c’est que nous avons des talents, et qu’ils sont moins chers et plus nombreux qu’aux Etats-Unis.

Quelles sont les dernières tendances que vous avez identifié?

OSWALD Nous avons accompagné il y a trois ans «K Health», une start-up qui établit des diagnostics médicaux grâce à un algorithme qui a 98% de précision. Nous l’avions défini comme une tendance en amont, avec un plan sur plusieurs mois pour développer cet algorithme. Cette start-up americano-israélienne établit plusieurs milliers de diagnostics par jour. La Lituanie est également un bon laboratoire avec par exemple Qoorio, une place de marché qui permet de «réserver» des experts dans un domaine, un espèce d’Airbnb du savoir. Nous en sommes à 50 transactions par semaine, cela peut être une nouvelle tendance.

Mangrove a financé par le passé JobToday, d’autres start-up luxembourgeoises ont leur chance?

OSWALD Nous avons été fondé au Luxembourg en 2000, je suis moi-même luxembourgeois, notre ancrage est donc local, il n’y a pas de raison que d’autres start-up ne soient pas signées. Shipsta, une start-up de Mertert, est un bon exemple: c’est une plateforme logistique pour les corporate. Au Luxembourg, l’écosystème est encore très jeune. Cela se fait en trois phases pour qu’il se développe correctement: sensibiliser la population, mettre en place les financements, trouver les talents. Au Luxembourg, les financements se mettent en place, le challenge qui reste c’est de trouver les talents, et c’est le facteur le plus important.

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