LUXEMBOURG
CATHERINE KURZAWA

BGL BNP Paribas présente son scénario économique pour 2017 non sans quelques risques

Pas facile de démarrer une partie quand on n’a pas toutes les cartes en main. Pourtant, c’est l’exercice auquel sont confrontés les analystes dans leurs prévisions économiques pour 2017. Aux Etats-Unis par exemple, le marché se focalise sur l’aspect budgétaire avec l’annonce par le président élu Donald Trump d’un plan de relance comprenant des réductions d’impôts et des investissements dans les infrastructures. De quoi doper la croissance donc, «mais une relance budgétaire aura un effet limité parce que l’économie américaine est déjà proche du plein emploi», prévient l’économiste en chef de BGL BNP Paribas, Yves Nosbusch. Lors d’une rencontre avec la presse ce mardi, il a insisté sur la grande inconnue: le commerce international. Les intentions du nouveau locataire de la Maison Blanche y sont beaucoup moins claires et à coup sûr, les prévisions évolueront au gré des clarifications.

À ce stade donc, dans un scénario sujet à modifications, l’économiste en chef table sur une croissance américaine de plus de 2% en 2017 et même proche de 3% l’an prochain. Autre hausse attendue, celle de l’inflation qui devrait être soutenue par la reprise des cours du pétrole et la relance budgétaire. Cette dernière devrait induire une autre conséquence: l’accélération des hausses des taux directeurs de la Réserve fédérale américaine (Fed). «On peut désormais s’attendre à plusieurs hausses cette année et à plusieurs hausse l’année prochaine», annonce Yves Nosbusch. Cela s’en ressent déjà sur les taux américains à dix ans: ils sont passés de 1,8% dans la foulée de l’élection présidentielle à 2,6% à la mi-décembre.

Décalage horaire

En Europe aussi, les taux longs reprennent la courbe ascendante: alors qu’il était en territoire négatif durant l’été, le rendement allemand à dix ans a atteint 0,4% à la mi-novembre. C’est sans doute l’effet visible le plus concret. «En 2017, on ne s’attend clairement pas à une hausse des taux de la BCE», souligne l’économiste en chef. Le décalage horaire persiste en effet entre le Vieux Continent et le pays de l’oncle Sam. Au niveau du chômage par exemple, il pointe à 4,7% outre-Atlantique mais s’affiche à 9,8% en zone euro. Certes, ce taux est un plus bas depuis 2009 mais «on estime qu’au rythme actuel, le taux de chômage mettrait encore trois ans pour revenir à son niveau d’avant-crise». Contrairement aux Etats-Unis, il n’y a donc pas de pression sur les salaires et l’inflation est toujours au ralenti, avec 1,2% attendu en 2017 après 0,2% en 2016. Voilà qui laisse tout le champ libre à la Banque centrale européenne (BCE) pour poursuivre son programme de rachat d’actifs alors que la Fed a mis un terme à celui-ci fin 2014. Mais tout comme aux Etats-Unis, la reprise se cherche dans la consommation. Le souci, c’est que la remontée des cours du pétrole grignote du pouvoir d’achat aux ménages, raison pour laquelle les analystes de BGL BNP Paribas tablent sur un léger tassement de la croissance en zone euro cette année, qui devrait toutefois rester au-delà du pourcent.

Une soif de matières premières

Dans les pays émergents, la reprise des cours du pétrole profite aux exportateurs de matières premières comme la Russie par exemple. Ajoutez à cela la poursuite de la relance budgétaire chinoise et un possible programme d’investissement dans les infrastructures américaines et vous obtenez une demande en matières premières gonflée à bloc. Gare à l’endettement côté chinois qui se profile comme un facteur de risque pour l’économie globale. Globalement, «les surprises sont positives dans les grandes zones» comme les Etats-Unis, l’Europe et les pays émergents. Les indicateurs d’achat du secteur manufacturier n’ont pas été aussi bons depuis 2011. «Il faut se réjouir de ce bon début d’année mais il faut garder en tête le risque», avertit Yves Nosbusch.

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