LUXEMBOURG
CATHERINE KURZAWA

Le coronavirus pousse l’ALFI à revoir son agenda

Plus de 600 participants étaient attendus cette semaine à Luxexpo The Box à l’occasion de l‘«European asset management conference» de l’ALFI. Mais le lobby des fonds a décidé de reporter sa grand-messe à une date indéterminée. Le secteur, très exposé aux mouvements des marchés boursiers, suit de près la crise du coronavirus tandis que l’ALFI se retrouve contrainte de revoir ses activités. Explications avec son directeur général, Camille Thommes.

Il y a quelques semaines, les annulations d‘évènements comme la conférence de l’ALFI pouvaient surprendre. Aujourd’hui, la situation sanitaire l’explique. Comment vivez-vous ces temps troubles?

CAMILLE THOMMES Nous nous sommes interrogés et avons observé que la situation se répand, s’aggrave. D’un autre côté, nous avions des interrogations de la part de certains intervenants pour dire: «Est-ce que vous continuez à prévoir de faire votre conférence cette semaine?» Du coup on a dit qu’il était préférable de postposer la conférence à une date ultérieure. C‘était une décision sage qui a été prise par d’autres organisateurs d‘évènements ces dernières semaines. L’ALFI a aussi décidé de reporter son séminaire à Amsterdam, qui était le premier de l’année. Et puis, la conférence de printemps aurait réuni plus de 600 personnes. Ça n’aurait pas été très sage d’insister à la maintenir. Nous sommes en train de fixer une nouvelle date, en espérant que d’ici là la situation en Europe se calme. On vise plutôt le deuxième semestre de l’année.

Le contexte actuel invite à cesser les réunions. Mais pour une organisation comme la vôtre, le networking est important. Comment concilier cet état de fait avec la pérennité de vos activités?

THOMMES Pour ce qui est de l’activité journalière, nous avons recours comme beaucoup d’autres entreprises au travail à domicile. Pour les réunions des groupes de travail, nous avions déjà il y a plusieurs semaines décidé de convertir les réunions physiques de ces groupes par des conférences électroniques. Il y a des moyens techniques comme la visioconférence qui nous permettent de maintenir notre activité journalière. Pour ce qui est de notre activité promotionnelle, effectivement, il est fort apprécié par les participants d’avoir des rencontres physiques. Ça, pour l’instant il faudra s’en abstenir. On réfléchit aussi à partiellement compenser ce type de séminaire et voir si on peut les faire par des webinaires. Nous avons organisé des webinaires par le passé pour tenir au courant les clients existants et potentiels des tendances de marché, des évolutions règlementaires. C’est quelque chose qu’on va peut-être accélérer dans cette phase intermédiaire.

Les fonds d’investissement domiciliés au Luxembourg ont vu leur nombre reculer en janvier tandis que les actifs nets ont, eux, poursuivi leur ascension. Comment expliquez-vous cela?

THOMMES Si on regarde l’année 2019, il y a eu effectivement une forte croissance au niveau des actifs, de 16%. Cela représente entre 600 et 700 milliards d’euros, essentiellement portés par la bonne performance des marchés boursiers. Au niveau de l’argent frais sur 2019 on a constaté une entrée globale d’environ 133 milliards d’euros, c’est plus que ce qu’on a connu en 2018 où on avait enregistré 92 milliards.

De janvier 2019 à janvier 2020 on a eu une croissance de 14%. C’est une croissance qui est satisfaisante. Ceci étant dit, comme vous l’avez bien remarqué, le nombre des structures est en réduction. On est passé en décembre 2017 de 4.044 structures à 3.719 en décembre 2019 donc, c’est une réduction du nombre des structures de l’ordre de 8%. Avec la réduction du nombre des structures, vous avez inévitablement un actif moyen par structure plus élevé. C’est une tendance qu’on a sur les deux à trois dernières années.

Par contre, au niveau des compartiments de fonds on a eu une légère croissance. C’est en fait lié à plusieurs phénomènes: les acteurs ont essayé sur les dernières années de revoir leur gamme de produits, de les regrouper, de les fusionner, ce qui a fait aussi que la taille moyenne des actifs des fonds a augmenté. D’un côté, le nombre de structures a diminué mais de l’autre, les actifs totaux ont augmenté. Si on fait une simple division, on voit que les actifs moyens ont augmenté ce qui permet de rendre la charge opérationnelle moins importante. Il y a plus d’efficience. Ce n’est pas quelque chose qui nous cause des soucis.

Plus globalement, comment voyez-vous l’avenir du secteur des fonds d’investissement alors que les marchés boursiers se sont effondrés de 35% depuis le début de l’année?

THOMMES Sur le mois écoulé, les fonds d’investissement ont été confrontés à des mouvements extrêmement volatils sur les marchés boursiers ce qui aura évidemment un impact sur les actifs globaux. Il y a certainement eu aussi de la part des investisseurs des changements de comportement sur d’autres actifs qui sont moins corrélés aux marchés boursiers (comme l’immobilier, les produits obligataires, les investissements en fonds métaux précieux et autres). Donc, il est difficile à ce stade de mesurer définitivement l’impact de ces chutes sur les marchés des actions compte-tenu de la réallocation opérée par les clients face à cette baisse des Bourses. C’est clair que cela aura un impact sur les actifs, cela aura un impact aussi sur les rentrées fiscales de l’Etat étant donné que la taxe d’abonnement est basée sur les actifs des fonds. Mais on reste dans un environnement très volatil lié à la pandémie. Il y a aussi d’autres phénomènes comme la chute des prix pétroliers.

Comment le secteur des fonds d’investissements peut rester compétitif en cette période trouble?

THOMMES Cela se joue sur plusieurs niveaux. Premièrement, il faut qu’on ait un environnement juridique et règlementaire qui soit sain et aussi attractif pour les acteurs qui souhaitent lancer des fonds sur Luxembourg. Il faut qu’on adapte sans cesse notre boite à outils règlementaire. Il est certainement aussi utile que les acteurs aient une certaine prévisibilité, stabilité, une politique budgétaire et fiscale solide mais attractive. Le fait de préserver le AAA du Luxembourg est un élément important. Deuxièmement, il y a une concurrence plus rude. Il faudra aussi travailler sur un cadre plus attractif. On parle de la taxe d’abonnement, on parle aussi de l’imposition des sociétés. La taxe d’abonnement (qui varie de 0,01% à 0,05% des actifs, Ndlr.) n’existe pas ailleurs. Dans un contexte de pression sur les marges et de réduction des coûts, le poids de cette taxe d’abonnement dans les affaires courantes et dans le coût global d’un fond devient plus important. Donc, il est clair que des ajustements devraient se faire sur la taxe d’abonnement.