LUXEMBOURG
AUDREY SOMNARD

La place financière se doit de rester au fait des évolutions règlementaires

La formation professionnelle continue présente un marché énorme car les besoins sont grandissants dans un contexte où les carrières évoluent avec les changements d’ordre technologique et réglementaire. C’est d’autant plus le cas dans le secteur bancaire et financier où les employés et dirigeants doivent s’adapter aux nouvelles régulations. Les organismes se sont multipliés pour soutenir la place financière dans cette démarche: Chambre de Commerce, House of Training, Chambre des Salariés pour le volet formation continue, ainsi que l’Université du Luxembourg qui multiplie les formations diplômantes pour tenter de compenser le manque de main d’oeuvre chronique dont souffre la place.

Avec des réglementations qui se complexifient, les employés doivent suivre la cadence et être certifiés pour répondre aux exigences du régulateur. Ce dernier doit d’ailleurs lui-même avoir un coup d’avance en multipliant les formations pour ses agents et faire venir si besoin des experts de l’extérieur. Que ce soit MIFID II, la digitalisation ou encore la finance durable, la place luxembourgeoise se prépare à ces nouveaux défis.

Le succès des cours du soir

A la Chambre des Salariés, les étudiants se motivent en dehors des heures de bureau

Ils sont chaque année quelque 7.000 personnes à suivre des formations délivrées par la Chambre des Salariés. En cours du soir, séminaires ou formations spécialisées, la formation continue a le vent en poupe. Une demande qui vient des entreprises, mais également des employés qui prennent sur leur temps libre pour évoluer dans leur carrière ou simplement rester au fait des dernières actualités en matière de réglementation. Avec 255 modules au total, la CSL offre un choix varié pour tous ceux qui voudraient suivre une formation. Ils sont nombreux à opter pour l’option des cours du soir explique Michèle Pisani, conseillère de direction à la CSL: «Nous avons chaque année environ 5.000 candidats qui suivent des cours du soir, nous en proposons tous les jours pour viser le public le plus large possible. Nous avons plusieurs modules, avec un examen à la fin de chacun d’entre eux, ce qui permet de rassembler les gens de différents niveaux, c’est une formule très modulaire. A la fin, un “profil” est signé du ministère de l’enseignement supérieur, ce qui donne un caractère plus officiel à la formation. Chaque module représente environ 25 heures de cours, ce qui demande une certaine motivation». Si certains ont la possibilité de négocier avec leur entreprise, voire de prendre un congé formation, développer ses compétences demande une certaine flexibilité de son emploi du temps et une volonté de revenir sur les bancs de l’école. Pour ceux qui voudraient aller jusqu’à suivre une formation diplômante, la CSL a signé des accords avec différentes universités pour des Bachelor et des Master (Banque, finance et assurances avec Paris Dauphine en français, «Financial analysis and strategies» avec l’université de Rennes en anglais) qui sont organisés en principe les vendredis et les samedis pendant plusieurs semaines. Là aussi il faut pouvoir se dégager du temps pour suivre les cours. Le dernier né arrive en avril prochain: un Master contrôle de gestion et audit organisationnel en partenariat avec l’IAE, l’université de Lorraine. Pour compléter l’offre, la CSL propose des cours en journée, pour les personnes entre deux emplois par exemple, depuis 2017. Des cours pour seniors sont également organisés, en informatique mais aussi pour remplir sa déclaration d’impôts. «Notre objectif et la raison d’être de la Chambre des salariés est d’aider un maximum de salariés possible via ces formations», conclut Michèle Pisani. AS

www.csl.lu
Assurer la pérennité de la place

Les formations dans le digital et la finance durable remportent de plus en plus de succès à la House of Training

La place financière et les différentes associations de secteur (assurance, bancaire etc) ont regroupé leurs ressources au sein de la House of Training pour proposer des formations face à la demande réglementaire qui s’intensifie. En 2019, l’institution a enregistré 24.375 inscriptions individuelles, soit 51.676 jours-hommes de formation. C’est une démarche qui vient à 88,15% des employeurs, le reste venant de particuliers. Pour le Dr Luc Neuberg, «Head of Banking & Finance» au sein de la House of Training, la réglementation MIFID II a provoqué une grosse demande venant de la Place pour que les employés se forment, mais les formations se mettent en place pour répondre à la demande: «Nous faisons appel à tous les experts de la place financière car nous avons une substance de compétences ici au Luxembourg». Actuellement, MIFID II reste d’actualité avec une nouvelle version de la formation, cette fois-ci en format e-learning, «ce qui permet de toucher plus de monde, de mettre à jour les connaissances mais aussi d’avoir corrigé les éventuels problèmes rencontrés lors de la première version», explique le Dr Neuberg. Multiplier les offres de formation, c’est s’assurer de la pérennité de la place explique l’expert, pour les employeurs les certifications deviennent de plus en plus importantes, notamment parce qu’elles sont également imposées par le régulateur. A part l’aspect réglementaire, ce qui intéresse actuellement le plus les professionnels de la place financière, ce sont les formations autour du digital (Fintech) ou encore la finance durable: «Nous proposons déjà une formation de fondamentaux en la matière, mais tout le monde va devoir s’y mettre, notamment car la Bourse de Luxembourg est leader en la matière, ainsi que la CSSF avec qui nous travaillons en étroite collaboration. Un cours plus spécialisé en e-learning est en préparation. L’objectif est de mettre tout le monde dans le bain, que nous puissions tous parler le même langage en matière de finance durable. Il est important d’avoir des formations pour partager les idées sur un même sujet», conclut Luc Neuberg.  AS

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Le régulateur prépare ses troupes

La CSSF prépare ses agents à un monde réglementaire de plus en plus complexe

Au sein de l’institution, les demandes ont explosé ces dernières années pour répondre à la demande réglementaire de plus en plus complexe. Chaque agent de la CSSF, ils sont aux alentours de 950, suit en moyenne huit jours de formation par an, et le régulateur voudrait porter cette moyenne à une douzaine de jours. Si la lutte contre le blanchiment d’argent (AML - anti-money laundering) reste une constante au sein de la CSSF, de nouveaux sujets se sont rajoutés au fil des années: «Fintech, blockchain, intelligence artificielle, cybersécurité sont autant de sujets que nous étudions de près et dont nos agents sont demandeurs pour se spécialiser dans ces domaines», explique Françoise Jaminet, en charge de la formation et des ressources humaines à la CSSF. Si les formations réglementaires se font largement en interne, les sujets plus récents demandent des ressources externes, d’autant que la CSSF est surveillée de près par la Banque centrale européenne qui a un catalogue «consistant» de formations à suivre pour le régulateur luxembourgeois. La finance durable est également une thématique qui commence à peser lourd dans le paysage de la CSSF qui y accorde de plus en plus d’importance.
Mais c’est également sur la forme que le régulateur travaille pour que les agents puissent se former sans trop empiéter sur leur temps de travail: «Nous avons instauré les “lunch and learn” pour les formations spécifiques sur un temps de deux heures, cela marche plutôt bien comme formule. Les inspecteurs ont par exemple besoin de se rassembler pour avoir le même discours. Nous avons également les jeudis de l’innovation avec différentes thématiques, ce qui est une alternative aux formations en présentiel. Sans oublier le e-learning via notre plateforme. Nous proposons trois formations pour le moment, mais nous développons actuellement plus de contenus». AS

www.cssf.lu