LUXEMBOURG
AUDREY SOMNARD

Les négociations du plan social chez RTL Group pour réduire le contingentdu «Corporate Center» ont échoué

L’ambiance est pesante du côté de RTL après le début des négociations d’un plan social massif qui va réduire à peau de chagrin la partie administrative du groupe. Le «Corporate Center» du Kirchberg sera largement transféré à Cologne puisqu’il devrait passer de 112 à 18 postes au Grand-Duché. L’OGBL témoignait déjà de son inquiétude quant à sa marge de manoeuvre dans notre édition du 9 octobre dernier, alors une semaine avant le début des négociations. Ses craintes se sont confirmées, nous apprend le syndicat dans un communiqué mercredi.

RTL Group S.A n’a pas attendu la fin de la période des négociations pour arrêter les frais, ceci après huit cycles de négociations. Les représentants du personnel avaient notamment exigé une rémunération qui devrait tenir compte du bénéfice record pour le premier semestre 2019. Le groupe a a en effet enregistré un chiffre d’affaires en augmentation de 4,2 % pour atteindre 3,2 milliards d’euros, tandis que son résultat d’exploitation (EBITA) s’est élevé à 538 millions d’euros et que son bénéfice a augmenté de 21% à 443 millions d’euros.«Contrairement à l’affirmation publique de Thomas Rabe, CEO de RTL Group S.A., selon laquelle il était généreux envers les employés licenciés, la direction a refusé toute générosité pendant les négociations et a invoqué les “pratiques du marché”», indique l’OGBL dans un communiqué. «Nous sommes plus conciliants quand le plan social concerne une entreprise en grande difficulté financière, mais nous ne sommes pas du tout dans cette configuration», estime Pit Schreiner, secrétaire central pour les médias au sein de l’OGBL.

Partir sur un socle commun

Le syndicat voulait travailler sur un socle commun pour tous les employés, qu’importe leur salaire. «Evidemment les indemnités financières sont calculées en fonction de l’ancienneté et de l’âge, mais nous voulons partir sur un socle commun. Il faut bien compenser les avantages qui sont difficilement calculables comme la voiture de société ou encore la cantine de RTL. La direction s’est dit contre ce socle», poursuit-il.

La campagne de numérisation lancée en septembre 2019 par le groupe Bertelsmann, principal actionnaire de RTL Group S.A., est bien amère pour le syndicat: alors que l’entreprise promeut l’idée de la numérisation comme une opportunité, en accordant même des bourses d’études gratuites, en même temps, dans le cadre de la numérisation de l’entreprise, elle commence à licencier des employés hautement qualifiés,aux frais de l’Etat. Le groupe avait également parlé de requalifier certains emplois pour les transférer à Cologne.

Un moyen de baisser artificiellement le nombre de licenciements secs, ce qui ne satisfait pas du tout Pit Schreiner: «RTL Group parle désormais de seulement 50 licenciements secs, avec 44 personnes restantes qui seront proposées un contrat à Cologne. Mais c’est quand même un licenciement puisqu’il ne s’agit pas d’une requalification de leur contrat luxembourgeois! Le contrat allemand sera bien différent, avec des droits à la retraite etc qui ne sont pas aux standards luxembourgeois. Et ce n’est pas dit que ces 44 personnes acceptent, on ne peut donc pas dire que le nombre de personnes licenciées est finalement réduit à 50». L’OGBL avait déjà dénoncé un accord secret signé le 31 mars 2017 qui régit, entre autres, l’établissement du siège de RTL Group à Luxembourg.

Conciliation?

Les services décisionnels sont situés au sein de RTL Group S.A., où 94 emplois (84%) sur 112 doivent être supprimés. Le siège du Groupe à Luxembourg se transforme ainsi en coquille vide: les différents départements seront occupés par un seul employé, d’autres disparaîtront complètement du Grand-Duché. Est-ce conforme à l’accord signé? Pourquoi cet accord est-il secret et n’est-il même pas accessible aux députés européens? L’OGBL se tourne désormais vers le gouvernement dans une lettre officielle, en demandant à l’exécutif luxembourgeois et aux autres parties signataires de rendre publiques immédiatement les clauses classifiées de l’accord précité. «Le processus de licenciement prévu doit être arrêté immédiatement s’il n’est pas conforme à l’accord», indique le syndicat.

Bien que le respect du contrat reste à vérifier, le Code du travail luxembourgeois exige que les représentants du personnel et la direction saisissent l’Office national de conciliation dans les prochains jours.

L’OGBL ne signera pas un «mauvais» plan social et exige que la direction de RTL Group S.A., et en particulier le groupe Bertelsmann, concrétise enfin la générosité qui a été annoncée plusieurs fois. «L’avocat de RTL Group nous a conseillé de signer un mauvais plan plutôt que pas de plan du tout. L’OGBL et la délégation n’ont rien à gagner en négociant ce plan social», précise le syndicaliste qui se prépare donc à l’étape de la conciliation prévue dans les prochains jours.