PORTO HELICATHERINE KURZAWA

Les difficultés ne datent pas d’hier pour les Grecs restés au pays

Réputé être un bon point de départ pour visiter les îles argo-saroniques de Spetsès et Hydra, Porto Heli abrite un port de plaisance lové dans une baie tranquille. On y trouve ici quelques touristes étrangers mais aussi des Grecs qui laissent leur voiture au port voisin de Kosta pour embarquer vers les îles, interdites aux voitures.

J’y rencontre Alexandra, une jeune grecque diplômée en physique. Elle se dit déçue de ce qui arrive mais dans le même temps, témoigne d’un soutien à l’actuel gouvernement. Elle fait partie des 50% de jeunes de moins de 25 ans actuellement au chômage. En Grèce, rares sont les institutions ou les écoles qui embauchent. Alors, elle scrute l’horizon à l’étranger. La physicienne s’exprime parfaitement en anglais et en français, et dans le même temps, elle étudie l’allemand avec une motivation: pouvoir rejoindre son petit copain actuellement en poste à Berlin. En attendant, elle donne des cours particuliers de remédiation, histoire d’avoir quelques rentrées.

Soif d’expatriation

Selon «The Economist», 130.000 jeunes diplômés ont quitté la Grèce depuis 2007. Un phénomène particulièrement marqué dans les milieux académiques puisque 85% des chercheurs grecs travaillent à l’étranger. Mais n’allez pas croire que la situation est meilleure pour ceux qui ont un emploi. Nicole en sait quelque chose: cette diplômée en sciences politiques travaille pour un institut paraétatique. «Je n’ai plus été payée depuis Noël», me confie-t-elle. Le contrôle des capitaux et les restrictions budgétaires dans la fonction publique font de lourds dégâts. Mais ce n’est pas tout: les Grecs réduisent leur train de vie et Georges en sait quelque chose. Le fiancé de Nicole avait ouvert un bar l’an dernier à Athènes. Mais les affaires tournent mal, car les gens sortent moins et dépensent moins. Il a cédé l’affaire à quelqu’un d’autre et cherche actuellement un «autre plan» histoire de cesser de piocher dans ses réserves.

Partir à l’étranger? Evidemment la piste est sur la table. La diaspora grecque est déjà proportionnellement très importante: 6,5 millions de Grecs vivent hors du pays, qui compte 11 millions d’habitants. Mais encore faut-il y trouver un emploi et avoir les reins suffisamment solides pour subvenir à ses besoins là-bas les premières semaines.

Le charme de la simplicité

En Grèce, les choses sont plus simples, même si elles n’y paraissent pas au premier abord. Par exemple à Spetsès, le port principal a des allures de Saint-Tropez avec ses bars et ses boutiques branchées. Mais une fois que l’on avance vers l’ancien port, un paysage de carte postale s’offre aux visiteurs avec l’une ou l’autre crique et des petites allées où des motifs marins sont dessinés au sol à l’aide de cailloux noirs. Ce sens du détail et cette élégance, voilà ce qu’il faut retenir de l’île qui, comme sa voisine Hydra, se caractérise par l’absence d’eau sur place. Elle est amenée chaque jour par bateau. Pas question donc de voir ici d’immenses hôtels aux piscines démesurées.

A Hydra, c’est un peu comme si le temps s’était arrêté. On s’y déplace à pieds ou à dos d’âne, tandis que l’arrivée des Flying Dolphins et autres Flying Cats, ces bateaux à l’allure d’un TGV, rythme le flux des visiteurs. Ces convois sont exploités par Hellenic Seaways, un opérateur national qui est aux bateaux en Grèce ce que les CFL sont aux trains au Grand-Duché. Au bureau de la compagnie, je m’étonne du prix du ticket plus élevé qu’indiqué sur place et sur le web. «Les prix ont augmenté aujourd’hui», me dit le vendeur. «Ah, c’est à cause de la hausse de la TVA», lui dis-je. Il sourit et se met à rigoler: «Oui, c’est ça, la TVA…» Décidément, la mise en application des réformes promises n’est pas pour demain.