LUXEMBOURG
AUDREY SOMNARD

Le Statec a élaboré deux scénarios après crise alors que le gouvernement allonge le montant des aides

Les gouvernements naviguent à vue en cette période de crise, et il est difficile d’avoir une vue d’ensemble sur les conséquences de la pandémie sur l‘économie. Pour se donner une idée des enjeux en cours, le Statec a planché sur deux scénarios de déroulement de la crise sanitaire: l’un grave, et l’autre très grave. Dans les deux cas, le Statec prévient que les conséquences pour l‘économie luxembourgeoise seront très profondes. Selon les différents scénarios, l’activité baisserait au Luxembourg de 6 à 12%.

Le premier scénario table sur une forte reprise de l‘économie dès le troisième trimestre 2020, ainsi qu’un retour vers la normale pour la deuxième partie de l’année, aussi bien au niveau sanitaire qu‘économique. Avec seulement une baisse de l’activité pour le deuxième trimestre de l’année, le Statec tablerait dans ce cas sur une baisse du PIB en volume de 6% en 2020, pour un rebond l’année suivante estimée à +7%. Ce scénario de «confinement limité» équivaut à une baisse de 25% d’activité par rapport à un mois normal, évalue le Statec, ce qui se traduit au niveau annuel par un recul de 6%. Mais les choses pourraient se passer autrement. Le Statec a élaboré un deuxième scénario plus pessimiste intitulé «confinement prolongé». Avec une deuxième vague de contaminations, une crise économique mondiale serait profonde, avec «une spirale récessive voire déflationniste» indique le Statec. Un tel scénario table alors sur une baisse de l’activité de 10% en 2020, pour atteindre une stabilisation seulement en 2021.

Les perspectives ne sont pas bonnes et rappellent les conséquences de la crise de 2008. Le Statec estime qu’en plus d’une croissance entre -6 et -12% en fonction du scénario, le Luxembourg perdrait entre 3 et 5 points de pourcentage de croissance entre 2019 et 2020, avec un chômage qui pourrait bondir à 7% cette année et à plus de 9% l’année suivante.

Un programme d’aidesà 10,4 milliards d’euros

Dans ce contexte, le gouvernement a présenté mercredi un programme de stabilité de croissance (PSC) avec un volume global des mesures décidées qui passe désormais des 8,8 milliards d’euros annoncés le 25 mars à un total de 10,4 milliards d’euros, soit 17,5% du PIB.

À ce titre, un total de 194 millions d’euros a été attribué au Haut-Commissariat à la protection nationale pour augmenter l’acquisition du matériel médical nécessaire et la mise en place de centres de traitement.

226 millions d’euros sont prévus pour le congé spécial pour raisons familiales. À l’heure actuelle, plus de 26.000 salariés auprès de plus de 5.700 employeurs ont déjà pu en bénéficier, pour un coût de plus de 124 millions d’euros. Au niveau du chômage partiel, 26.000 demandes provenant de plus de 14.600 employeurs ont été traitées à ce jour. Ceci correspond déjà à un volume d’environ 550 millions d’euros, sur le total de 989 millions d’euros prévus à ce titre.

Au total, l’Administration centrale est prévue afficher en 2020 un déficit de -4,9 milliards d’euros, soit -8,3% du PIB. En 2021, le déficit de l’Administration centrale passerait ainsi à -2,1 milliards d’euros, à la suite de la dissipation du coût budgétaire lié aux mesures de stabilisation économique.

«Le Luxembourg, tout comme le reste du monde, fait face à la plus grande crise économique depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Le pays dispose des moyens budgétaires pour y faire face. Pour autant, l’effort requis pour rétablir la confiance est d’une ampleur telle qu’il ne restera pas sans impact sur l’équilibre budgétaire et le niveau de la dette publique sur les années à venir», a expliqué Pierre Gramegna, le ministre des Finances.