CLAUDE KARGER

«Le monde est sens dessus-dessous». C’est ainsi que Jean Asselborn, Ministre des Affaires Etrangères, entamait fin novembre dernier sa déclaration sur la politique étrangère devant le Parlement. A lire le rapport sur les droits de l‘Homme publié aujourd‘hui par Amnesty International, les mots de notre diplomate-en-chef sont bien trop faibles pour décrire ce qui se passe autour du globe pour l‘instant. De plus en plus de régions à feu et à sang, sous contrôle de fanatiques qui n‘hésitent pas à réduire en esclavage ou même à massacrer - en toute impunité - des populations entières.

Les autorités - si elles n’ont pas été balayées par les avancées des groupes armées - rétorquent le plus souvent par la force. Au milieu des factions en guerre: des civils, perdants à tous les coups, indépendamment qui sort gagnant des boucheries. Le Haut Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés estime actuellement à plus de 51 millions de personnes le nombre de ceux qui ont été déplacées de force dans le monde. Dont plus de trois millions qui ont fui les combats en Syrie, déchirée par la guerre civile depuis près de quatre ans. Le nombre de réfugiés a entretemps atteint son niveau de plus élevé depuis la Seconde Guerre Mondiale. Sidérant! Sidérant aussi, le taux de victimes parmi ceux qui tentent de fuir guerre et misère en troquant souvent leurs dernières ressources pour une place à bord d‘un rafiot surchargé poussé sur la Méditerrannée dans l‘espoir de pouvoir se construire enfin une vie en Europe. Une Europe qui n‘arrive pas à se concerter sur une politique face à cet afflux qui ne va certainement pas tarir dans les prochaines années. Alors même que cela devrait concerner tous les pays membres. Comme ce qui se passe en Syrie, en Ukraine, en Irak - à quelques heures de vol seulement du Luxembourg - devrait nous interpeller tous. Humainement parlant d‘abord bien évidemment. Mais aussi parce que les situations décrites plus haut peuvent aussi concerner directement nos droits.

Dans son rapport, Amnesty met notamment en garde à juste titre contre le fait que des situations d‘insécurité, des menaces diffuses soient mises en avant par des gouvernants pour amputer les libertés des citoyens. Ces libertés - d‘opinion, d‘expression, de libre circulation - qui nous sont tellement chères et nous paraissent tellement évidentes alors que dans de très nombreux pays du monde, elles sont loin, très loin de l‘être. Et c‘est un travail de très longue haleine pour changer cela. Il faut soutenir ceux qui s‘attèlent à cette tâche comme il faut soutenir ceux qui sont aux premières loges pour atténuer les crises humanitaires et aider les pays défavorisés à s‘engager sur la voie de la prospérité et de la paix. L‘éducation étant la clé pour y arriver et faire échec aux fanatismes qui sont à l‘origine de nombre de ces conflits qui agitent la planète. Sûr que les puissances mondiales pourraient y mettre un terme en regardant au-delà de leurs intérêts et en adoptant une position commune et des actions concertées pour faire cesser les guerres. Salil Shetty, le secrétaire général d‘Amnesty International a lancé aux dirigeants mondiaux un appel pour prendre immédiatement «des mesures décisives pour éviter une crise internationale imminente». Qu‘on l‘écoute, enfin. Et qu‘on agisse!