LUXEMBOURG
AUDREY SOMNARD

Le pianiste Ólafur Arnalds a proposé un set tout en douceur samedi soir à la Philharmonie,

La petite île du nord de l’Europe fait des miracles. Sa population a dit non aux banques en 2010, la parité est quasi légion à tous les niveaux de l’Etat, son équipe de football se défend honorablement, et plusieurs artistes ont une renommée internationale: Björk, Sigur Rós, Of monsters and men. Ólafur Arnalds, avec sa musique mêlant piano et cordes teintée d’électronique fait partie de cette vague de musiciens qui touchent bien au-delà des frontières de l’Islande.

Ólafur était déjà venu au Luxembourg il y a cinq ans. Visiblement ravi de jouer samedi devant une salle comble, il alterne ses morceaux accompagné d’une violoncelliste, de trois violons et d’un batteur. Les jeux de lumière subliment la mise en scène, les projecteurs sont tantôt braqués sur les cordes placées tout autour du musicien, tantôt sur lui, affairé sur un piano à queue et deux claviers, allant des uns aux autres avec une facilité déconcertante. Avec un album à défendre, «Re:member» sorti en août dernier, Ólafur Arnalds en profite pour expliquer entre deux morceaux dans quelles circonstances a été écrit cet album: «Je n’avais pas pris de vacances depuis le lycée, j’avais besoin de m’échapper car je n’ai plus rien à dire si je vis enfermé dans mon studio. Alors j’ai pris des affaires et j’ai beaucoup voyagé. Notamment en Asie, sur des îles en Indonésie. Au Nouvel an sur l’une de ces îles, pendant une journée, tout le monde observe le silence. Tout est éteint, l’électricité, internet, tout est coupé. C’était le plus beau jour de ma vie!», explique-t-il sur le point de départ de son album. Il trouve alors un piano un peu rouillé sur place et commence à écrire.

Le set se poursuit sur un nuage

La Philharmonie se prête idéalement à la musique d’Ólafur Arnalds, les fans de la série britannique «Broadchurch» retrouvent l’univers de l’Islandais qui en signe la musique. C’est beau, les harmonies fonctionnent à merveille, et les touches d’électronique apportent une pointe moderne sans en faire trop. Alors qu’il se tourne plusieurs fois vers le public pendant la première partie de son set, l’artiste ne peut s’empêcher d’interpeller les spectateurs: «Nous sommes tous là pour passer une bonne soirée, dommage que certains soient rivés sur leur téléphone… Nous sommes là ensemble pour partager ce bon moment, en même temps, je ne comprends pas qu’on préfère fixer un écran plutôt que partager cette expérience». Voilà qui est dit.

Le set se poursuit sur un nuage, avec toujours un jeu de lumières impeccable qui sublime l’ensemble. A la fin du concert, les spectateurs se lèvent sur un tonnerre d’applaudissements. Ólafur Arnalds revient seul pour un rappel, en chaussettes. Il explique qu’il dédie ce morceau à sa grand-mère décédée. Elle prétextait chaque semaine d’avoir besoin qu’on répare sa radio pour imposer à l’adolescent de la musique classique, Chopin notamment. «Moi je portais mon t-shirt de Slayer et je trouvais ça ennuyant à l’époque, mais je la remercie». Dos à l’auditoire, il finit son set avec une minute de silence religieux, certainement dédiée à sa grand-mère à qui il doit beaucoup aujourd’hui.