LUXEMBOURG
AUDREY SOMNARD

La course au vaccin anti Covid-19 affole les investisseurs

Les enjeux sont énormes. Avec une pandémie mondiale qui a paralysé l’économie au printemps, les espoirs pour un vaccin sont énormes. Car tout le monde rêve de revenir à une normalité sans masques et un retour aux embrassades. Si, dans certains pays comme le Luxembourg, le virus est sous contrôle, d’autres régions comme les Etats-Unis doivent faire face à une affluence inédite de cas. Les populations peinent à accepter les règles contraignantes de la distanciation sociale et peu soutiennent le blocage de l’économie pour une période plus longue.

La Luxembourg Private Equity & Venture Capital Association (LPEA) organisait lundi un webinar sur la question de la course au vaccin contre le Covid-19. Les enjeux sont colossaux, car la course est enclenchée, le premier vaccin à arriver sur le marché sera demandé mondialement, d’où des retombées potentielles sans précédent pour le laboratoire qui le produira.

Les participants au webinar se sont montrés très prudents en la matière, pas question de triomphalisme et d’espérer pour une solution à la pandémie dans les mois qui viennent. Au contraire. Ces derniers se sont mis d’accord pour dire que le vaccin miracle tant attendu ne sera pas produit de sitôt, patience est le maître-mot: «Je ne m’attends pas à un vaccin de sitôt. Les distances sociales et le port du masque restent pour le moment les gestes les plus efficaces», explique Mark Tluszcz, CEO de Mangrove Capital. Pour le Dr. Xinhong Lim (directeur et analyste de Vickers Venture Partners), ces vagues ont été prédites dans une série de différents modèles, «mais un vaccin, cela va prendre des années, et même si de gros efforts sont faits actuellement, la capacité de production est très limitée». La Dr. Debora Dumont (cofondatrice et managing partner de Bioqube Ventures) estime que «personne n’aura de dose de vaccin avant au moins un an».

«Nous avançons dans le noir»

Si le calendrier sur un éventuel vaccin fait consensus, la pandémie a créé des opportunités pour certains: «Beaucoup d’entreprises se sont adaptées à la situation avec des produits ou des business qui sont en relation avec le Covid-19. Certains ont d’ailleurs une approche très opportuniste, c’est pourquoi il faut se montrer très prudent quand on analyse ces entreprises», poursuit la Dr. Dumont. Qu’est-ce qui empêche la production prochaine d’un vaccin alors? Il semblerait que certains laboratoires se soient focalisés sur les anticorps, une piste pas forcément concluante: «Nous avançons dans le noir, les virologistes sont confus. L’immunité se créé habituellement par les anticorps, mais pour le Covid-19, ils semblent disparaître assez rapidement. Les Cellules T ont un rôle très important à jouer», estime la spécialiste. Le Dr. Lim abonde dans ce sens: «Le virus va de cellule en cellule, l’immunité va probablement venir des cellules T et non des anticorps». Si un vaccin complètement efficace n’est pas trouvé dans l’immédiat, l’espoir demeure: «Peut-être que dans un premier temps le vaccin voudra dire que les personnes touchées seront beaucoup moins malades, c’est déjà quelque chose», ajoute la Dr. Dumont.

Ce qui est sûr, c’est que cette pandémie a accéléré des tendances qui existaient déjà: le télétravail s’est intensifié, la digitalisation de même. Les outils se sont multipliés pour donner un accès à des technologies afin d’être par exemple informés en temps réel de l’avancée de l’épidémie. Mangrove suit de très près une demi-douzaine d’entreprises du secteur de la biotech, comme K Health, un chatbot qui analyse les symptômes et livre des diagnostics grâce à l’intelligence artificielle, sans l’intervention humaine de médecin. C’est pour Mark Tluszcz un avant-goût de la médecine de demain: «Plus précis que les humains, et surtout plus accessible pour tout ceux qui n’ont pas les moyens d’accéder à des systèmes de santé trop cher». Mais il y a aussi les applications de tracking tant décriées, pour cela Mark Tluszcz estime que nous avons abandonné nos données privées quand nous nous sommes livrés à l’écosytème de Google: «Nous seront dans tous les cas traqués, cela ne m’effraie donc pas». La sécurité avant la vie privée donc.