KEHLEN
CATHERINE KURZAWA

Utiliser la mode pour souligner les maux de notre époque, c’est l’approche choisie par le photographe Moja

La zone industrielle de Kehlen est connue pour abriter les studios de cinéma du Filmland. Mais pas seulement. C’est aussi dans cette petite localité que se déroulent des shooting photo pour des grands magazines de mode comme «Vogue» ou encore «Vanity Fair».

«Cette pièce était un petit peu trop petite pour les studios de cinéma, mais elle s’avère être parfaite pour les photos», explique son occupant Patrick Nassogne, mieux connu sous le pseudonyme de Moja.

Moja signifie monophasé en swahili, une langue chère à ce Belge né en Afrique et ayant grandi en Italie. C’est au Luxembourg qu’il a décidé de poser ses valises et d’y lancer sa société d’activation de marque. A deux pas des bureaux d’Absolute Blue, Moja immortalise dans son studio photo des modèles qui se retrouvent ensuite sur des feuilles de papier glacé.

Des voyages et des ateliers

«On essaie toujours de profiter de la mode pour parler d’un sujet de société compliqué», explique le sexagénaire dont l’approche est à double tranchant. Urgence climatique, différences culturelles, bétonisation d’espaces naturels, ou encore agriculture à haut rendement: «Ce sont des thèmes qui nous amènent des critiques mais qui sont publiés dans des grands magazines», observe le photographe.

Celui-ci organise des ateliers au Luxembourg destinés aux professionnels du métier. Mi-octobre, ils étaient 17 à se réunir autour de lui mais seulement trois d’entre-eux venaient du Grand-Duché. «La photo est assez délaissée au Luxembourg par rapport au cinéma».

En ce moment, Moja est à Tellaro en Sicile pour immortaliser des modèles dans des créations sur-mesure signées Anne Deprez (Digamési), Huiqin Peng et Fraise de Loup. Le sujet retenu est «Mare Nostrum». Son but? «Attirer l’attention sur l’impact néfaste humain et la pollution sur le monde marin».

Le photographe n’angle pas que la mode et se prépare l’an prochain à collaborer avec l’UNICEF pour soutenir la cause de l’enfance. Il est question d’un programme européen de création d’emplois par le biais de la photographie.

Actuellement, Moja revendique un chiffre d’affaires annuel de 1,9 million d’euros. Parti d’une passion pour la photo, il en a fait une véritable entreprise. Si la photographie de mode constitue le cœur de son métier, il n’en perd pas le sens critique. «La mode est un des pollueurs les plus importants de la planète», pointe-t-il. Il entend le rappeler à travers le contraste de certains de ses clichés.

awamumoja.com