LUXEMBOURG
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La Commission Européenne a donné hier ses recommandations au Luxembourg et s’inquiète notamment d’un manque d’investissements privés pour la digitalisation

La Commission européenne a publié hier son mémo d’hiver: une note sur les progrès et ajustements économique de chaque Etat membre de l’Union Européenne. Elle reprend, point par point, les remarques sur la situation économique du Grand-Duché dont les perspectives devraient s’assombrir d‘après la Commission, dû à un contexte économique extérieur qui se détériore. Alors que la croissance avait ralenti en 2017, soit 1,5%, elle avait repris en 2018 en ayant atteint 3%, mais la tendance pour 2019 est plutôt aux alentours de 2,5%. Si les exportations des services financiers ont soutenu la croissance, la place financière a été exceptionnellement faible en 2017, note la Commission. Cette tendance devrait se poursuivre en 2019 pour les services financiers et l’économie en général. De fait, les investissements des entreprises devraient rester plus faibles, 11% du PIB soit un des plus faibles de l’UE, notamment en raison des incertitudes économiques.

Les investissements publics sont eux toujours solides, sur base de finances publiques saines, surtout en ce qui concerne le secteur des TIC (Technologie de l’information et de la communication). Mais la Commission note que cela n’a pas aidé à stimuler l’investissement privé dans les domaines de l’innovation et de la digitalisation. Un manque que pointe du doigt l’institution européenne: «L’investissement privé reste trop faible et apparait insuffisant pour soutenir une transition vers une économie fondée sur les données».

Alors que certaines entreprises blâment le manque de travailleurs spécialisés, la Commission note que les obstacles à l’investissement se trouvent plutôt du côté des embouteillages et un manque d’offre de logements. Ces derniers pourraient nuire à l’attractivité du Luxembourg, ce qui demande de gros investissements en terme d’infrastructure, construction et transports publics. La Commission pointe également un manque de recherche au niveau national ainsi qu’une stratégie de l’innovation, avec un soutien public stagnant sont des obstacles pour «exploiter le potentiel de son écosystème d’innovation».

Des ménages fortement endettés

La Commission regrette que le Luxembourg n’ait pas fait de progrès significatifs après les recommandations émises en 2018, notamment en matière d’employabilité des seniors, ainsi que la réduction des règlementations dans le secteur des services. Le Luxembourg n’a toujours pas atteint son objectif 2020 d’avoir un taux d’employabilité de 73%, malgré les créations d’emplois, et la Commission doute que le pays l’atteigne. Parmi les bonnes nouvelles, le Luxembourg atteint par contre son objectif de déchets ménagers recyclés à hauteur de 50%, et devrait répondre aux objectifs de réduction d’énergie. A l’inverse, le Luxembourg risque bien de manquer d’atteindre ses objectifs concernant sa lutte contre l’exclusion sociale et la pauvreté, et la réduction des émissions de gaz à effet de serre.

Le pays peut en tout cas se prévaloir de compter sur sa place financière, qui représente 25% du PIB, 11% des emplois et 21% des revenus fiscaux. Pour la Commission, «les banques luxembourgeoises montrent un ratio de fonds propres solide». Ce n’est pas le cas des ménages qui sont fortement endettés, comparés à leurs revenus, même s’ils sont élevés. Les prêts immobiliers représentent 80% des dettes des ménages, ce qui représente un risque pour les ménages les plus fragiles si les intérêts remontent ou si le contexte économique se détériore.

La Commission pointe de fait que les inégalités se sont renforcées en 2016, malgré la présence d’aides sociales censées sortir les bénéficiaires de la pauvreté. Pour conclure sur une note positive, l’institution salue le programme gouvernemental «ambitieux» sur la politique sur le climat et l’énergie qui pourrait créer des opportunités de croissance et de nouveaux emplois grâce une augmentation de la productivité, une diversification des exportations ainsi que des créations d’entreprises. «Ces mesures envisagées dans le programme de coalition pourraient permettre au Luxembourg d’atteindre ses objectifs de 2020 et 2030 de décarbonisation», conclut la note de la Commission.