ESCH-ALZETTE
CLAUDE KARGER

Le Centre de radiothérapie national fête ses 20 ans d’existence

C’était une première: le 16 juin 1995, dix établissements hospitaliers fondèrent l’association sans but lucratif «Centre François Baclesse - Centre national de Radiothérapie». En 1997, la première équipe pour construire ce centre était trouvée. Début janvier 2000, il put accueillir son premier patient. Avant, les malades de cancers devaient se faire soigner à l’étranger alors qu’il y avait clairement une demande pour un centre national de radiothérapie. La pratique allait le confirmer: si le CFB avait estimé à plus de 300 le nombre de patients qu’il faudrait accueillir la première année, ils furent 621 en fin de compte.

Le CFB était donc dès le départ à l’étroit dans ses locaux au sein du Centre Hospitalier Emile Mayrisch à Esch-sur-Alzette. Plusieurs étapes d’agrandissement furent donc nécessaires, la plus importante datant de 2011. C’était une année importante dans l’histoire du Centre Baclesse, qui reçut la qualification de «centre d’excellence» au bout d’un audit externe. Qualification qui fut confirmée par un nouvel audit en 2018. Aujourd’hui, cet établissement de santé public dispose d’un plateau technique des plus sophistiqués en matière de radiothérapie. Mardi prochain, il fêtera son 20ème anniversaire en présence notamment du Grand-Duc. Nous avons au préalable pu jeter un oeil derrière les coulisses et rencontrer son directeur, le Dr. Michel Untereiner.

«La radiothérapie du futur sera encore plus précise»

Il a bâti le Centre François Baclesse. Mais ne l’accompagnera plus pour la nouvelle étape majeure que sera le déménagement au «Südspidol» en 2023: le Dr. Michel Untereiner fera valoir ses droits à la retraite au cours de l’année prochaine. Pour les 20 ans du CFB, il tire avec nous un bilan de son travail.

Dr. Untereiner, pourriez-vous nous décrire la situation de la radiothérapie au Luxembourg lorsque l’on vous a confié la mission d’ériger le CFB?

Michel Untereiner Le Luxembourg était dépourvu d’installations de radiothérapie. Le seul appareil au Grand-Duché, un appareil au cobalt à Ettelbrück, avait été arrêté en 1986. On pensait à l’époque déjà à un grand centre de radiothérapie, car la demande existait bel et bien, mais il a fallu du temps pour se décider. Entretemps, les patients luxembourgeois étaient envoyés à l’étranger pour se faire traiter. D’ailleurs, j’en ai pas mal croisé à Metz où j’avais mis en place à l’époque un centre de radiothérapie.

C’est donc sans doute pour votre expérience que le ministre de la Santé Johny Lahure vous a confié à l’époque la mission de faire de même à Esch-sur-Alzette... Vous souvenez-vous des débuts?

Untereiner Les débuts étaient modestes. Je me souviens toujours du moment où l’on m’a montré les sous-sols de l’hôpital d’Esch-sur-Alzette en indiquant que c’est là que le nouveau centre de radiothérapie était prévu. Après, on nous a donné tous les moyens pour réussir. Nous avons vraiment démarré en 2000 avec deux médecins, un physicien et deux accélérateurs de particules. Aujourd’hui, nous sommes sept médecins, avec un huitième en cours de recrutement et six physiciens et nous disposons de quatre accélérateurs. L’équipe se compose de 65 collaborateurs au total.

Et comment a évolué le nombre de patients?

Untereiner Nous avions tablé sur 300 patients la première année. Plus de 600 ont été traités en fin de compte. Ainsi se posait déjà la question d’une extension que nous avons finalement pu inaugurer en 2011. Aujourd’hui, nous traitons quelques 1.400 patients par an.

Gageons que la technologie a elle aussi beaucoup évolué au fil du temps?

Untereiner Oui, elle a fait de grands pas en avant. Déjà, l’imagerie médicale a fait d’énormes progrès, ce qui nous aide à suivre précisément le développement d’un cancer. Ensuite, nous disposons d’appareils capables d’envoyer des doses de rayons X sur une zone très précise. Notre robot Cyberknife permet une concentration des faisceaux avec une précision de moins d’un millimètre. Ceci permet de concentrer l’énergie sur les cellules malades et de ménager au maximum les tissus sains.

Il ne faut donc plus redouter des effets négatifs de la radiothérapie?

Untereiner Il y a aujourd’hui très peu d’effets négatifs de la radiothérapie. On n’envoie plus depuis longtemps des rayons sur des zones étendues du corps, ces temps sont révolus depuis des décennies. Nous tenons d’ailleurs un registre de morbi-mortalité dans lequel nous suivons de très près tout type de complication.

De quoi la radiothérapie du futur sera-t-elle faite?

Untereiner Elle deviendra encore plus précise. Nous nous intéressons aujourd’hui à la protonthérapie qui permet l’utilisation de faisceaux de protons ultra-précis. Ceci permet de mieux atteindre des tumeurs proches d’organes sensibles sans endommager ces derniers. Un domaine hautement intéressant est aussi la combinaison entre radiothérapie et immunothérapie. Des essais sont en cours pour déceler l’interaction entre rayons et médicaments.

Et quel sera l’avenir du Centre Baclesse au sein du «Südspidol»?

Untereiner Sur ce point, vous devrez consulter mon successeur, qui intégrera l’équipe en fin d’année. En tout cas, nous sommes déjà associés aux planifications du «Südspidol», car il se pose évidemment toute une série de questions concernant l’intégration d’un centre de radiothérapie qui nécessitera davantage de place et au moins deux accélérateurs supplémentaires.

Le Dr. François Baclesse (1896-1967)

Un Bettembourgeois pionnier

Radiologue mondialement reconnu, le Dr. François Baclesse est né le 26 avril 1896 à Bettembourg. Le jeune homme entame des études secondaires à l’Athénée (1908-1915). Ses professeurs lui attestent du talent - et de l’ambition. En 1916, il réussit - avec mention - son examen aux Cours Supérieurs de Luxembourg en sciences naturelles. Il s’oriente vers la médecine, fait des études à Zurich, Bonn et Paris, où il fait notamment la connaissance des professeurs Fernand Widal et Louis Pasteur-Radot. En 1924, il décroche son doctorat en médecine en Luxembourg, mais travaille surtout à Paris, à l’Institut du Radium fondé en 1909 notamment par Marie Curie, pionnière de la radiothérapie. En 1936, on lui confie la direction du Service du Radiodiagnostic et de la Radiothérapie de la Fondation Curie, un poste qu’il ne quittera qu’à son départ à la retraite en 1961. Le spécialiste international de la radiothérapie, décédé en 1967, a laissé une oeuvre importante. Son nom est associé aujourd’hui non seulement à sa recherche, mais aussi à un Amphithéâtre de l’Institut Curie à Paris, à un centre de traitement du cancer à Caen, au Centre national de radiothérapie d’Esch-sur-Alzette et à une rue dans sa commune natale. LJ