LUXEMBOURG
CLAUDE KARGER

PwC et l’Université se penchent sur un pan méconnu du tissu économique de la Grande Région

C’est une première et un travail d’envergure que PwC Luxembourg est en train de réaliser en collaboration avec l’Université du Luxembourg: explorer les entreprises familiales dans la Grande Région. Entretien avec Christophe Loly, associé chez PwC Luxembourg, sur un projet passionnant visant à dresser le portrait concret d’un maillon essentiel du tissu économique grand-régional.

D’abord: Qu’est-ce qu’une entreprise familiale?

Christophe Loly Aujourd’hui il n’existe pas de définition claire. Le simple critère que la structure soit détenue majoritairement par une famille suffit-il? Dans certains cas, une analyse plus poussée de l’actionnariat révèle que le pouvoir de décision se situe entre des mains extra-familiales stricto sensu.

Cependant, l’élément de transmission entre générations est une caractéristique répandue et où souvent un proche est préparé à la succession en entrant assez tôt dans la gouvernance de la société. Dans cette constellation, la nature transgénérationnelle de la gouvernance marquée par un lien affectif fort, peut les différencier d’autres entreprises.

Le facteur commun réside donc plutôt à mon sens dans la stabilité de ces entreprises, la transmission à un membre de la famille étant un évènement dans son parcours, plus qu’un marqueur de l’entreprise familiale.

N’y a-t-il pas aussi une vision différente de l’enracinement dans la société voire de la responsabilité sociétale?

Loly On peut dire oui que ces entreprises entretiennent un rapport responsable avec leur territoire. Nous avons, par exemple, pu observer lors de la crise financière et économique de 2008 que de nombreuses entreprises familiales ont mis en œuvre tous les moyens pour préserver leurs emplois.

Par ailleurs, les derniers chiffres du Statec datant de décembre 2016 indiquent que les créations de PME ici au Luxembourg ont diminué en passant de 8,7% en 2013 à 7,1% en 2014, pour revenir en 2015 à un chiffre de 10,2%, quasiment le même chiffre de progression que le PIB à la même année. Sans aller jusqu’à affirmer que PME = PIB comme certains économistes, on peut cependant énoncer que les petites ou moyennes entreprises, souvent des entreprises familiales ou qui le deviendront, représentent un socle de stabilité économique et de croissance durable.

Par ailleurs, nous observons effectivement un engagement citoyen des entreprises familiales en faveur de l’environnement social de leur territoire en accompagnant par exemple le tissu associatif local.
Voici donc déjà un nombre d’éléments pour s’approcher du portrait-type de l’entreprise familiale. Pourquoi dès lors réaliser une étude?

Loly Nous pensons qu’il faut confirmer ces impressions au travers d’une approche académique et scientifique. Pour ce faire, nous avons mis en place une collaboration avec le «Centre for Research in Economics and Management» de la Faculté de Droit, d’Economie et des Finances de l’Université du Luxembourg. Les entreprises familiales sont une des spécialités de recherche de Denise Fletcher, professeur pour l’entrepreneuriat et l’innovation et nous collaborons étroitement avec elle sur cette étude en lui apportant notre connaissance du territoire et notre faculté de mener une étude à grande échelle.

Quels sont les moyens mis en œuvre pour trouver les informations nécessaires?

Loly Nous procédons en administrant un questionnaire écrit. Cette phase sera suivie par des entretiens individuels dans les sociétés retenues au sein de la Grande Région. Les collaborateurs dédiés ont fait l’objet d’une formation spécifique pour mener à bien cette étude.

Pourquoi élargir d’emblée à la Grande Région? La tâche n’est-elle pas déjà suffisamment ardue si on se penche sur le sujet au Grand-Duché dans un premier temps?

Loly Je pense que nous avons des écosystèmes d’entreprises familiales similaires en Lorraine, en Wallonie, en Sarre et en Rhénanie-Palatinat. Et il existe aussi des relations entre entreprises familiales au sein de la Grande Région qui sont souvent dues à des activités professionnelles transfrontalières.

Cette dimension grand-régionale, qu’aucune étude n’est encore venue explorer, est un aspect hautement intéressant voire stratégique. Pour la première fois, nous bénéficierons d’une vision concrète des problématiques de ces entreprises sur un territoire historiquement lié, un atout pour favoriser leur développement et leur croissance. Mais s’il est intéressant de comprendre ce qui lie ces entreprises, nous sommes également curieux de connaître ce qui les distingue.

Pour quand attendez-vous les premiers résultats?

Loly Nous serons à même de les présenter idéalement au cours du dernier trimestre de l’année. Il s’agira d’un premier volet de conclusions, d’autres chapitres seront présentés plus tard. Je pense que l’étude apportera des informations utiles sur ce qui rassemble les entreprises familiales et ce qui les différencie d’autres formes de sociétés. Comme je l’évoquais plus haut, des enseignements utiles pour les entreprises concernées, leurs financiers, les décideurs politiques, mais aussi la société dans son ensemble.