LUXEMBOURG
CATHERINE KURZAWA

Ce jeudi, Google dévoile ses ambitions luxembourgeoises

Le géant américain de l’Internet Google est de passage ce jeudi au Luxembourg pour y rencontrer les habitants de Bissen mais aussi - fait rare - les membres de la presse afin de présenter «la construction potentielle d’un data center», renseigne son invitation. S’il ne fait aucun doute que le moteur de recherche souhaite s’implanter au Luxembourg après l’achat, fin 2017, de 33,7 ha de terrains à Bissen, force est de constater qu’en deux ans, rien de très concret en est ressorti.

«Aujourd’hui, vu l’avancée dans la procédure, nous n’avons pas encore assez d’informations pour prendre une décision», a réagi au micro de nos confrères de RTL le responsable du développement des centres de données en Europe, Fabien Vieau.

Les terrains ont été reclassés pour accueillir cet hypothétique centre de données mais si le PAP a été introduit, il n’est pas encore validé et aucun permis de bâtir n’est à ce stade délivré. «Nous sommes toujours très intéressés par une implantation au Luxembourg et on serait très heureux de la réaliser un jour», a ajouté Fabien Vieau.

Nombreuses interrogations

Google marche sur des œufs. Il faut dire que l’achat des seize terrains - détenus par des propriétaires privés - a traîné entre l’été 2017 où l’impatience médiatique et politique était à son comble et décembre 2017 où l’annonce a été faite. Autre épine sous le pied du groupe: la question de son approvisionnement énergétique et du refroidissement de ses serveurs. A ce propos, une connexion à l’Alzette constitue une «solution privilégiée» pour Google qui précise avoir étudié la question et conclu à un «impact plutôt relativement faible sur l’Alzette». Reste à savoir comment Google va se «connecter» à la rivière qui est située à l’autre bout de la Nordstroos alors que ses terrains sont voisins de l’affluent de l’Alzette, à savoir l’Attert.

Quant à l’investissement potentiel du groupe, celui-ci met aussi des gants en faisant allusion à ses dernières annonces qui évoquent pour d’autres implantations des montants de l’ordre de 600 millions d’euros. «Une bonne référence à prendre», dit son responsable qui ajoute que ce type d’infrastructure génère 100 emplois localement, sans pour autant préciser si ce chiffre tient compte de l’après-construction et si on parle ici d’emplois directs ou indirects.

RTL évoque de son côté deux bâtiments de 30.000 m² dotés de deux étages sur 25 m de haut maximum pour un total de 1,2 milliard d’euros. Quant à l’échéance, nos confrères parlent de 2023 au plus tôt. Mais il semble que tout reste à faire pour un projet pour le moins pressant.

Il est un fait que Google a besoin d’accroître ses capacités de stockage et donc, de gonfler son parc de centres de données. Le 20 septembre dernier, son CEO a annoncé un investissement de 3 milliards d’euros pour déployer ses infrastructures en Europe dans les deux prochaines années. Actuellement, le géant de l’Internet compte cinq implantations: Dublin (Irlande), Eemshaven (Pays-Bas), Fredericia (Danemark), Hamina (Finlande) et Saint-Ghislain (Belgique). C’est d’ailleurs sur ce site que les capacités sont décuplées ces dernières années puisqu’en juin, Google a annoncé la construction d’un 4e data center alors que le 3e est encore en construction. Booster les capacités semble bien plus facile pour le groupe qui - précisons-le - possède 90 ha de terrains en Belgique et y a à ce stade investi 1,6 milliard d’euros.

Ce jeudi devrait permettre d’en savoir davantage sur les intentions de Google qui adopte au Luxembourg une approche vraisemblablement différente de celle qu’on lui connaît. A Saint-Ghislain, le géant a caché son identité jusqu’à quelques mois précédent l’ouverture voici dix ans de son data center. Et aujourd’hui encore, quiconque cherche Google dans le zoning de Ghlin-Baudour se trompe. Les panneaux de circulation renseignent seulement Crystal Computing. Voilà pourquoi une invitation signée Google qui tombe alors que rien de concret n’est sur la table est d’autant plus intriguant.