LUXEMBOURG
CLAUDE KARGER

Rencontres Européennes de Luxembourg: la culture au cœur du débat

En 1997, année du 40ème anniversaire des traités de Rome, alors que quelque temps après la chute de l’Union soviétique, les pays jusqu’alors sous son influence s’apprêtaient à rejoindre l’UE, quelques amis et personnalités sont retrouvés pour approfondir le débat sur l’avenir de l’Europe. De leur discussion sont nées les Rencontres Européennes de Luxembourg qui depuis y rassemblent tous les ans des experts sur une thématique déterminée le temps d’une après-midi pour une discussion de fond entre eux, mais aussi avec le public. Ce samedi au Cercle Cité, les échanges ont porté sur la question: «Y a-t-il une culture européenne?».

«En finir avec le détournement politique de la culture»

Sujet de grande actualité à un moment où les gouvernements de plusieurs pays membres ont sonné le clairon d’un repli sur soi «et réduisent la culture à la partie congrue: qui ne partage pas ma culture est autre et dangereux peut-être», comme l’a expliqué Alvin Sold, le président des Rencontres Européennes. Pour l’administrateur de plusieurs journaux, «il faut en finir avec le détournement politique de la culture et lui rendre ses lettres de noblesse, rappeler qu’elle sert à élever l’Homme».

Pour en débattre, les organisateurs avaient invité Anne-Marie Autissier, sociologue, spécialiste de la sociologie de la culture et des politiques culturelles européennes, Constanze Itzel, historienne de l’Art et directrice de la Maison de l’histoire européenne à Bruxelles, Daniel Salvatore-Schiffer, philosophe et professeur de philosophie de l’art à l’Académie des Beaux-Arts de Liège ainsi que Romain Seignovert, créateur et éditeur du blog «EuropeIsNotDead» et auteur pour l’émission «Karambolage» sur ARTE.

Le public a entendu d’abord des messages optimistes: malgré les nationalismes et l’érosion de valeurs comme le respect, la tolérance et la démocratie, l’Europe, dont l’histoire est faite de crises, continuerait à progresser tous les jours.

Des métissages, toujours

Daniel Salvatore-Schiffer a souligné que les bases sur lesquelles est née l’Union européenne ne seraient pas suffisamment profondes, le projet ayant été d’abord économique, les fondateurs souhaitant surtout par la mise en commun de moyens de production éviter un nouvel état de guerre. Anne-Marie Autissier a de son côté pointé que la construction d’une culture commune était difficile au début alors que les pays meurtris par la Seconde Guerre mondiale avaient un besoin de reconstruire leurs propres narratifs. Ce n’est effectivement que plus tard qu’ont été mis en œuvre des programmes pour des rapprochements culturels, comme le célèbre programme Erasmus d’échange d’étudiants par exemple.

Les intervenants ont mis en garde contre une vision figée de la culture ou plutôt des cultures, dont certains établissent aujourd’hui des hiérarchies en vue d’exclure. Alors qu’il y a toujours eu au fil de l’Histoire des échanges et des métissages qui sont devenus plus vivaces encore avec la démocratisation des voyages. Mais, existe-t-il une culture européenne? Une seule et unique? La réponse est non. La réponse est positive cependant si l’on parle d’ouverture culturelle. Et là, les jeunes Européens surtout se rapprochent de plus en plus.