LUXEMBOURG
AUDREY SOMNARD

Le déficit en compétences numériques renforce une pénurie de main d’oeuvre

Chômage relativement bas, peu de candidats, salaires déconnectés de l’expérience: pour les recruteurs, le marché luxembourgeois est difficile. Deux études, des cabinets de recrutement Michael Page et Robert Half, ont révélé jeudi que le marché du travail est décidément tendu. Les profils recherchés ont évolué alors que les entreprises rechignent à former leurs employés. Si le Luxembourg a l’un des taux de chômage les plus bas d’Europe, 5,4% en 2018, le recrutement des talents sur le marché du travail fait face à de nombreux défis. Le Luxembourg et ses opportunités d’emploi attirent chaque jour plus de 190.000 travailleurs venus de France, de Belgique et d’Allemagne. Malgré cette réserve de talents, les entreprises continuent de souffrir de la pénurie de profils compétents, principalement en digital. Elles doivent recruter de plus en plus loin, au risque de ne pas trouver du tout, et cela dans beaucoup de secteurs.

Pourtant, l’étude de Robert Half évoque que seulement un quart des entreprises luxembourgeoises offre des formations pour développer les compétences numériques des employés. «Il y a une pression croissante sur la disponibilité de professionnels possédant des compétences spécifiques, particulièrement concernant les profils pouvant initier et mettre en oeuvre des projets de transformation numérique», explique Joël Poilvache, directeur chez Robert Half.

Ce phénomène s’explique en partie parce que depuis les années 2012/2013, l’Europe, dont le Luxembourg, a souhaité renforcer la réglementation pour promouvoir une meilleure équité fiscale. Ainsi, les réglementations BEPS et AIFMD ont été adoptées et ont conduit à un marché avec des structures renforcées. «Les métiers ont eux aussi évolué: de manière générale, les rôles ont évolué vers une plus grande technicité. Par exemple les comptables doivent être encore plus qualifiés pour être reconnus. Et plus ils sont spécialisés sur un domaine précis (immobilier, propriété intellectuelle, dettes, paiements), plus leur profil est recherché et donc onéreux pour l’employeur. Cela amène une augmentation des rémunérations à Luxembourg, alors qu’à quelques kilomètres de là (France et Belgique), les rémunérations évoluent peu», explique Géraldine Kadret, «Executive Associate Finance Tax & Legal» chez Michael Page Luxembourg.

Intelligence émotionnelle

D’autres métiers se sont développés voire créés: notamment le risque et la «compliance» pour le secteur alternatif. En effet, avant l’apparition de la directive AIFMD (directive européenne sur les gestionnaires de fonds d’investissement alternatifs), ces métiers n’existaient pas à Luxembourg et donc, les candidats compétents dans ce secteur non plus.

Pour ceux hors du marché luxembourgeois, la principale problématique est donc l’acquisition des connaissances comptables et financières luxembourgeoises. Pour les candidats qui sont déjà présents sur le marché, les problématiques sont généralement différentes: ce sont les conditions d’emploi qui deviennent cruciales. Au-delà de la société ou du salaire, les candidats recherchent alors la flexibilité, un bon équilibre vie privée/travail, ou une bonne formation.

D’après l’étude de Robert Half, selon les employeurs, l’intelligence émotionnelle (QE) est l’une des qualités qu’ils apprécient le plus chez un employé. C’est parce que la QE devient de plus en plus importante dans un monde où l’automatisation et les robots sont prêts à prendre en charge un grand nombre des tâches plus banales et manuelles que les gens font aujourd’hui. Des qualités humaines qui ne peuvent être reproduites ou remplacées, comme des communications solides et l’empathie, la collaboration seront de plus en plus appréciés par les organisations dans le futur. En fait, d’après les recherches menées par le «World Economic Forum», la QE sera la sixième compétence la plus importante exigée des employés en 2020, juste derrière la résolution de problèmes complexes, la pensée critique et la créativité.