METZ
JEAN-PIERRE COUR

La Lorraine est également concernée par l’arrivée de réfugiés

Face à la crise migratoire qui touche actuellement l’Europe, la France participe bien évidemment au processus d’installation dans les meilleurs conditions possibles des 120.000 réfugiés en besoin urgent de protection dans le cadre du droit d’asile de la loi du 29 juillet 2015. Ce texte vise à accélérer les délais de la procédure d’asile, à mieux héberger les demandeurs d’asile ainsi qu’à favoriser l’intégration des personnes reconnues réfugiés tout en tentant de lutter contre l’immigration irrégulière. Ce plan national prévoit la création de 4.000 places dans des centres d’accueil de demandeurs d’asile et 1.500 places en hébergement d’urgence ainsi que 5.500 places en centre provisoire d’hébergement pour les personnes ayant obtenus le statut de réfugiés.

Un devoir!

Les appels d’offre en vue de la création de places en Lorraine sont d’ores et déjà en cours. Le ministre de l’Intérieur a reçu samedi dernier les maires des villes qui ont fait part de leur souhait de s’associer à cette démarche d’accueil. Dominique Gros, maire PS de Metz y était et a rapporté la proposition du ministre d’allouer 1 .000 euros par place d’accueil aux villes engagées dans la démarche. «C’est notre devoir d’y participer», a expliqué ce dernier en rappelant que Metz s’est engagée à recevoir 250 personnes fuyant la Syrie.

En Moselle, depuis septembre 2014, 268 personnes en provenance d’Irak et de Syrie ont déjà été accueillies dans le cadre de la mission nationale d’accueil des réfugiés. Enfin, depuis le 1er janvier 2015, la préfecture de la région Lorraine a enregistré pour la Lorraine 2.374 demandes d’asile émanant de 1.645 adultes accompagnés de 729 mineurs dont, pour la Moselle, 1.567 demandes de 1.072 adultes accompagnés de 495 enfants. Pour ce qui est de l’hébergement, en Lorraine, 2.166 demandeurs d’asile sont pris en charge par l’Etat et hébergés en centre d’accueil dont 815 en Moselle. Environ 300 personnes se sont rassemblées samedi dernier sur le parvis des Droits de l’Homme devant centre Pompidou-Metz où était organisée une collecte populaire pour les migrants. Au milieu de la foule, une poignée de représentants de «Génération identitaire», groupe d’extrême droite, a allumé des fumigènes et lancé des slogans hostiles à la venue des migrants.

La police a neutralisé rapidement les fauteurs de trouble qui réclamaient la réalisation d’un référendum populaire quant à l’accueil des réfugiés. «Je crois que si nous ne faisons rien, nous serions coupables de crime contre l’humanité!», s’est exclamée Paulette Marconi, une grand-mère venue avec enfants et petits-enfants apporter casseroles et ustensiles de cuisine.

Vision politique

Concernant la politique migratoire, les élus ont du mal à se mettre à l’unisson. Pour le sénateur-maire «Les Républicains» de Woippy, François Grosdidier: «Il faut distinguer le migrant économique du migrant politique ou humanitaire. Notre système est déjà engorgé par les migrants économiques mais on ne peut refuser l’accueil et nier nos valeurs. La France aura du mal à accepter du fait des difficultés économiques et sociales dans notre pays.» Il est ici en plein accord avec la députée-maire de Thionville, Anne Grommerch, qui prend à bras le corps son «devoir d’humanité». A gauche, le président PS de région Lorraine, Jean-Pierre Masseret se félicite du coup de main du gouvernement qui accompagne les communes en assurant 1.000 euros par migrant reçu. Ceci bien sûr sans effet rétroactif et sans que l’on sache vraiment qui fera le tri entre migrants économiques et migrants politiques et/ou humanitaires. Toujours à gauche, certains maires notent pourtant ne pouvoir supporter une charge supplémentaire dans leur communes où «tout ce qui peut se faire à déjà été fait!», se défend Laurent Kalinowski, le maire PS de Forbach.

Après avoir été exemplaire en termes d’accueil, l’Allemagne aujourd’hui se referme en reposant du même coup la question de la libre circulation dans l’espace Schengen. La France, dans une autre situation démographique n’a pas géré, par angélisme, sa politique migratoire. Ce qui la met aujourd’hui en porte-à-faux vis-à-vis de ses idéaux. L’Europe s’affaiblit de jour en jour, incapable d’assumer son extension exponentielle. Face à ces carences, la simple humanité semble aujourd’hui avoir du mal à trouver sa place dans le soi-disant village planétaire qui est le nôtre.