LUXEMBOURG
CATHERINE KURZAWA

L’OGBL dénonce une série d’abus et de problèmes dans certaines banques au Luxembourg

Véronique Eischen n’y va pas par quatre chemins: «Il n’est pas normal que près de 50% des salariés de la places financière ne soient pas dans les conventions collectives». La membre du bureau exécutif du syndicat banques et assurances de l’OGBL a dénoncé jeudi devant la presse la problématique des faux cadres, à savoir ces salariés des institutions financières sans contraintes horaires au revenu légèrement supérieur aux maxima de la convention collective et donc, exclus de celle-ci. «Dans 99% de cas on les enlève (de la convention collective, ndlr.) pour éviter de payer les heures supplémentaires et les autres avantages inscrits dans la convention collective», pointe la responsable qui avance même le nombre de 10.000 salariés touchés par ce phénomène.

Brigitte Colle connaît bien le dossier: la présidente de la délégation syndicale à la Banque Privée Edmond de Rothschild Europe, Luxembourg a rencontré cette problématique au sein de son employeur où 125 faux cadres ont finalement été réintégrés au sein de la convention collective. «Aujourd’hui, il y a peut-être encore 100 salariés sur 600 qui seraient encore avec le critère de faux cadre», estime-t-elle.

La loi sur le licenciement collectif contournée

Un autre dossier préoccupe le syndicat au sein de la banque helvète: celui d’un possible contournement de la loi sur le licenciement collectif. Seize postes dans l'informatique sont sur la sellette suite à l’intention de la direction d’externaliser le département vers la Suisse en avril 2018. L’OGBL-SBA a demandé à la direction un plan de maintien de l’emploi, suivi d’un plan social, refusé par la direction qui propose de négocier une convention d’entreprise.

Le syndicat dénonce cette situation et parle d’un moyen de camoufler les licenciements et d’une tentative de contourner le droit du travail et de limiter les frais liés aux départs. De son côté, la banque explique que «le projet d’optimisation des infrastructures informatiques a été annoncé aux représentants du personnel d’Edmond de Rothschild (Europe) en avril 2016 dans le respect des lois et usages du Luxembourg». Toutefois, l’OGBL-SBA appelle à une réforme du droit sur le licenciement collectif. Elle rencontrera le 11 janvier prochain le ministre du Travail Nicolas Schmit pour discuter de ce sujet.

Dans le même temps, le syndicat reste sur ses gardes face au projet de loi 7024 permettant d’externaliser les données des clients à des fournisseurs de services externes à travers le monde. L’impact pourrait être lourd pour les banques de la place tentées de délocaliser les activités de «back-office» vers l’étranger.

Contexte particulier

«Cette situation devient de plus en plus insupportable», dénonce Véronique Eischen qui s’inquiète aussi de la perte de consistance dans la structure des banques de la place. Bref, autant de sujets qui risquent de pimenter la négociation d’une nouvelle convention collective de travail. Dénoncé fin novembre par l’ABBL, le texte est actuellement en chantier. Quatre groupes de travail se sont formés et les premiers travaux sont attendus pour janvier.