LUXEMBURG
ANNE DAMIANI

L’adaptation cinéma de la bande dessinée belge «Les Blagues de Toto» se tourne à Luxembourg - Nous étions en coulisses

Il est 10.30, et les personnes autour de l’ancien quartier général de l’Université de Luxembourg sont invitées à ne plus faire de bruit quelques instants. Un jeune homme, oreillette et talkie à la main, s’assure que rien ne viendra déranger ce qui se passe dans le Campus de Limperstberg. Et pour cause, on y tourne «Toto le Film». Dans le parc, une fourmilière de techniciens s’affaire entre câbles, écrans et machines.

Depuis le 21 juin et jusqu’au 18 juillet, les équipes du film tournent la plupart des scènes en décors naturels au Luxembourg, avant de poursuivre du 19 juillet au 12 août en Belgique. Mais qui est Toto? Personnage bien connu des francophones, Toto est le héros de nombreuses blagues, comme Fritzchen en Allemagne ou Pitti au Luxembourg. Auteur de nombreuses farces, ses mauvaises notes se résument par cette fameuse addition: «Zéro plus zéro est égal à la tête à Toto».

Lëtzebuerger Journal

Trois ans pour l’adaptation

«Silence, ça tourne!», s’écrie le premier assistant réalisateur, «le boss du plateau. Alors que les acteurs jouent plusieurs fois une scène de course après un van, le réalisateur et la scripte ne lâchent pas le retour caméra, dit «combo», du regard. Il s’assure que les plans tournés correspondent à ce qu’il avait imaginé, pendant qu’elle note tout afin d’éviter les faux raccords.

Le film, dont la sortie en salle est prévue pour le premier semestre 2020, est l’adaptation cinématographique de la bande dessinée du Belge Thierry Coppée. Créée en 2004, son œuvre compte quinze albums. Plutôt qu’une suite de sketchs, la société luxembourgeoise Bidibul Productions, accompagnée par les Français Superprod et SND groupe M6, a décidé de construire une histoire autour du personnage. «Il nous a fallu trois ans pour acheter les droits et écrire l’adaptation», explique Lilian Eche, producteur chez Bidibul Productions. «Nous avons commandé et dirigé l’écriture du scénario», complète la productrice Christel Hénon.

Une fois ce dernier validé, ils ont proposé la réalisation à Pascal Bourdiaux, qui a dirigé «Boule et Bill 2» en 2017. «Le choix de Pascal s’est imposé car il a déjà tourné avec des enfants et il a l’habitude de la comédie», poursuit-elle. Amateur des «buddy-movies» - quand deux personnages opposés finissent par s’apprécier - celui-ci a été séduit par le scénario: «C’est un film de copains et d’aventure».

L’histoire de Toto, c’est celle d’un enfant qu’on veut faire rentrer dans ce carcan qu’on impose aux enfants. Mais il a la force d’être lui-même, il a quelque chose de spécial», s’émerveille le réalisateur.

Pas loin de lui, un chariot supporte le matériel son. Sous le contrôle de l’ingénieur du son, le perchiste tend le micro pour capter les dialogues. Encore un plus loin se trouvent les deux caméras, une posée sur une dolly, l’autre dans le van. Ce sont le chef machiniste et le chef opérateur qui sont chargés du mouvement et de l’image. Chaque technicien est responsable d’un élément précis, le tout en accord les uns avec les autres.

Une fois la scène tournée, la régie désinstalle tout pour tout réinstaller dans le hall du bâtiment. Et c’est reparti pour une autre scène avec Daniel Prévost, lauréat du César du meilleur second rôle dans «Le Dîner de cons» en 1999. Les plans tournés, dits «rushs», seront envoyés le soir même pour commencer le dérushage en laboratoire. Le réalisateur aura besoin de six mois ensuite pour le montage, la musique, l’étalonnage afin d’unifier les couleurs, le mixage afin d’équilibrer les voix et le bruitage. Le film sera projeté en test devant un public cible avant de sortir officiellement.

Le jeune héros est incarné par Gavril Dartevelle, un Français de 12 ans choisi parmi les 3000 candidats du casting référencé et sauvage. «Je n’ai pas besoin de changer, je suis comme ça dans la vraie vie», sourit-il. Une belle promesse pour l’écolier le plus célèbre des cours de récré.