LUXEMBOURG
CLAUDE KARGER

La gynécologue-obstétricienne Séverine Caluwaerts accomplit régulièrement pour«Médecins sans frontières» des missions d’aide aux femmes dans le monde - Rencontre

Elle est gynécologue-obstétricienne à Anvers, mais parcourt régulièrement le monde pour mettre ses compétences au service de femmes et d’enfants qui n’ont pas ou très difficilement accès aux soins nécessaires lors de leur grossesse ou de l’accouchement: le Dr. Séverine Caluwaerts vient de rentrer d’une mission pour Médecins Sans Frontières à Masisi, dans le Nord-Kivu en République démocratique du Congo. Nous avons pu la rencontrer à Luxembourg hier.

Mme Caluwaerts, vous revenez du Nord-Kivu, une zone de conflits. Comment Médecins Sans Frontières aide les femmes dans cette région?

Séverine Caluwaerts C’est effectivement une zone de conflit où s’affrontent troupes gouvernementales et rebelles. Beaucoup de femmes y sont victimes de viols. Dans notre hôpital, ouvert avec l’appui du gouvernement congolais, nous les soignons et nous les accompagnons psychologiquement aussi. Nous avons accueilli 41 nouvelles victimes en janvier, le temps de ma mission. Sur l’année, environ 200 à 300 nouvelles victimes sont traitées dans ce centre.

Où votre prochaine mission vous mènera-t-elle?

Caluwaerts Ce n’est pas encore certain. Mais je pense que je retournerai de nouveau en Afghanistan, où MSF a mis en place en 2012 une maternité à Khost, dans l’Est du pays. On s’attendait déjà à l’époque à 1.000 naissances par mois, aujourd’hui on en est à 2.000. C’est très gratifiant de voir comment la communauté a accepté ce centre qui est aussi devenu un facteur économique dans la région, car il emploie désormais plus de 300 acteurs locaux.

Pourquoi Khost?

Caluwaerts MSF a évalué qu’il y a avait un énorme besoin pour l’accompagnement médical des mères dans cette région, où l’offre médicale officielle est très limitée. La plupart des femmes devaient accoucher à la maison, dans des conditions hygiéniques précaires. La mortalité maternelle était élevée. Nous avons pu changer cela.

On ne met certainement pas en place une telle structure du jour au lendemain. Combien de temps a-t-il fallu pour l’implanter?

Caluwaerts Comme je l’ai indiqué précédemment, MSF a fait une évaluation de la situation sur place. Evidemment, pour réaliser ce projet, il a fallu convaincre les autorités et surtout les communautés locales qui sont à forte prédominance masculine dans cette partie du monde. MSF est donc allé voir les chefs de village pour expliquer ce qui était envisagé et pour les assurer que l’organisation travaille de manière indépendante et impartiale. Evidemment, personne n’aime voir mourir son épouse, sa fille ou son enfant. Aujourd’hui, la maternité est très bien acceptée et nous y formons aussi des femmes afghanes pour qu’elles puissent sauver d’autres femmes afghanes. Certaines sont aussi envoyées en formation en Europe.

Qu’est ce qui vous a personnellement motivée à participer à de telles missions à l’étranger?

Caluwaerts Je voulais toujours aider ceux qui ont moins de moyens que nous. Surtout les plus faibles, les femmes et les enfants. Il y a aussi une part d’histoire familiale. Mon arrière grand-mère et morte d’une hémorragie post-partum. Je sais comment elle a manqué à mon grand-père durant toute sa vie. Tout le monde a le droit à un accouchement en toute sécurité. C’est pour cela que je m’engage.

Est-ce que vous recommanderiez à de jeunes collègues de vous emboîter le pas?

Caluwaerts Oui, je le recommanderais. Mais il faut partir avec les bonnes idées. Ce n’est pas en déclarant qu’on veut changer le monde qu’on y arrivera. Il faut rester humble, avec l’objectif d’aider les nationaux à prendre soin d’eux-mêmes.

Et surtout: il faut toujours considérer le verre comme à moitié plein. On voit dans ces missions fréquemment des pathologies qu’on ne rencontre plus guère aujourd’hui en Europe et on apprend à apprécier d’être né sur un continent où l’on dispose de tous les soins. Participer à une mission humanitaire est en tout cas une expérience inoubliable qui vous ouvre l’esprit. Et qui vous rend beaucoup personnellement.


Plus d’informations: msf.lu