LUXEMBOURG
AUDREY SOMNARD

Les gérantes du site City Savvy veulent lancer une communauté et un magazine biannuel, WMN, dédié aux femmes

Amanda Roberts a repris la direction du portail City Savvy Luxembourg, il y a près de trois ans, qui propose des idées de sorties, de la culture et décode la vie quotidienne au Luxembourg, le tout en anglais. La pimpante Américaine ne compte pas s’arrêter en si bon chemin. Son nouveau projet est de démarrer une communauté de femmes, à travers un magazine publié deux fois par an, «LUX WMN», et ainsi fédérer les talents du Luxembourg et permettre aux femmes d’avoir un lieu de rencontres. En pleine phase de financement, la fondatrice nous explique ses motivations et surtout les obstacles qui se posent sur son chemin.

Comment vous est venue l’idée de fonder cette communauté de femmes au Luxembourg ?

AMANDA ROBERTS J’ai repris il y a trois ans City Savvy car les fondateurs originels avaient d’autres projets, et j’ai réussi à le transformer en une véritable petite entreprise. Mais c’est un site généraliste, et je me suis peu à peu aperçue qu’il manquait à Luxembourg une véritable communauté pour que les femmes puissent se rencontrer, échanger, découvrir les nombreux talents qui sont là mais qui ne sont pas forcément mis en avant par les médias traditionnels. Il y a là un gros potentiel selon nous, nous voulions aller plus loin que juste des articles, mais démarrer une véritable communauté. L’idée a été donc de construire un site internet dédié, accompagné d’un magazine publié deux fois par an. Nous comptons instaurer un programme de mentoring, des ateliers pour mettre en valeur les femmes dans le domaine des sciences, de l’informatique, de la politique même, ce sont des domaines qui ne sont pas assez exploités.

Des groupes pour les femmes existent déjà au Luxembourg, que comptez-vous apporter de plus ?

ROBERTS Oui ils existent et c’est tant mieux, mais ce sont souvent des femmes qui évoluent dans certains cercles spécialisés, notre but est vraiment d’ouvrir ces barrières et s’adresser à tout le monde. Il n’existe par exemple pas de groupes dédiés aux femmes en politique. Ce qui est important c’est que nous avons choisi pour le moment la langue anglaise, qui va au-delà du multilinguisme, pour toucher un maximum de gens, même si l’ambition est de proposer des choses dans toutes les langues du pays à terme. C’est donc en anglais, mais ce n’est pas destiné seulement aux expatriés, nous voulons être les plus inclusives possible, même les hommes ! Avoir juste une section sur notre site n’aurait pas été assez marquant, nous voulons rapprocher les gens ensemble.

Que va contenir le magazine ?

ROBERTS Il va s’appuyer sur trois piliers: pouvoir, inspirer, prospérer. Avec le volet business nous voulons mettre en avant des entrepreneuses, pour le premier numéro nous avons choisi Polina Montano, co-fondatrice de JobToday, qui a une histoire fascinante et qui a démarré de zéro une entreprise ici au Luxembourg. Je pense que les jeunes femmes ont besoin de connaître ces modèles, ces success stories et qui sait, cela va peut-être les inspirer à faire de même. Nous aurons aussi les conseils d’une mentore, un focus sur les sages-femmes au Luxembourg, des idées de création d’entreprises par une entrepreneuse, et puis de l’actualité podcast, voyages etc. autour des femmes.

En attendant, l’argent reste le nerf de la guerre, comment comptez-vous financer cette aventure ?

ROBERTS Nous avons déjà édité un magazine sur l’éducation, trois numéros pour être exact. C’est le «City Savvy guide for education» qui a été financé d’une facilité déconcertante. Au départ, nous n’avions rien à montrer, le graphisme n’était pas fait, c’était juste une idée. Et pourtant, nous avons bouclé le budget en à peine un mois. Les annonceurs étaient très enthousiastes et les partenaires présents.

Cette fois, les choses ont été très différentes. A partir du moment où nous avons annoncé qu’il s’agissait d’un magazine dédié aux femmes, les réactions ont été pour le moins froides... «C’est une très mauvaise idée d’avoir quelque chose de spécifiquement genré», nous a-t-on répondu. C’est injuste, car bon nombre de publications le sont sans que cela soit étiqueté de la sorte, nous voulons être transparentes. Pourtant, contrairement au magazine dédié à l’éducation, cette fois nous étions préparées: le graphisme était prêt, le dossier était solide. Mais cela n’a pas suffi.

Comment faire sans annonceurs ?

ROBERTS Nous étions à une conférence d’AIG en mai dernier, avec plus de 200 femmes qui se sont montrées intéressées dans le projet. C’est là qu’on s’est dit que si les annonceurs ne seraient pas de la partie, il faudrait alors faire appel à la communauté. C’est pourquoi nous avons lancé une campagne “Kickstarter“, et la philosophie de cette plateforme fait que nous n’avons que quelques semaines pour atteindre notre objectif.

Quel est justement votre objectif financier et êtes-vous confiante?

ROBERTS Nous avons fixé notre objectif de financement participatif à 40.000 euros. Cela peut paraître beaucoup, mais en réalité il s’agit juste de couvrir les coûts: le designer graphique, l’impression du magazine, notre rédactrice en chef qui s’est associée à notre projet, l’idée est de faire cela bien, et pour cela il nous faut un peu d’argent.

Et puis, il faut se rendre compte que Kickstarter prend beaucoup de commissions, 17% de taxes et 10% de commissions pures, cela veut donc dire que plus du quart de la somme récoltée ne nous parviendra pas. Les gens ne se rendent pas trop compte de l’urgence de la situation, dans deux semaines la campagne va s’arrêter et si l’objectif n’est pas atteint, tout le monde va récupérer sa donne. Nous n’avons pas besoin de grosses donations de quelques personnes, si beaucoup de gens ne donnaient ne serait-ce que 10 euros, par exemple, la moitié de nos 8.000 followers chez City Savvy Luxembourg, nous pourrions boucler notre budget.

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