CATHERINE KURZAWA

Depuis 75 ans déjà, la Belgique, les Pays-Bas et le Luxembourg sont réunis au sein du Benelux. Cette union, dont le Luxembourg assure en ce moment la présidence pour la 3ème fois, se veut être un laboratoire de l’Europe. Pourtant, aux yeux du grand public - à savoir 29 millions de concitoyens, le Benelux demeure peu connu. Compétences, pouvoir de décision mais aussi dirigeants forts: le Benelux n’a aucun de ces éléments qui pourraient, aux yeux de la population, lui conférer une certaine légitimité.

Le Luxembourg a présenté en début de semaine ses priorités pour l’union: renforcer le marché intérieur, accroître la lutte contre le changement climatique, stimuler la transition énergétique et promouvoir la numérisation. Mais qui parmi la population des trois pays est conscient que ces points peuvent être défendus par le Benelux? Ils sont généralement associés à l’Union européenne.

Le Benelux est avant tout un marché. Un marché créé de toutes pièces entre trois pays qui partagent un point commun: une taille exiguë et une position géographique centrale en Europe. Voilà pourquoi la première priorité du Luxembourg, à savoir le renforcement du marché intérieur, prend tout son sens. Aujourd’hui, nombreuses sont les marques de biens de consommation courante à isoler le Benelux dans une catégorie où seuls certains produits de leur gamme sont en vente et cela, à des tarifs différents - entendez par là généralement plus élevés - des autres pays européens. Une aberration qui porte le nom - peu digeste il faut le dire - de RTO (restrictions territoriales de l’offre). Pourquoi donc le Benelux serait considéré comme un marché de seconde zone? Cela est ridicule! Mais c’est pourtant la réalité, aussi cruelle que nous la vivons.

Ce n’est pas pour rien si en Belgique, nombreux sont les habitants à aller faire leurs courses en France tandis que les parkings des centres commerciaux allemands pullulent de voitures à plaques jaunes. Prisonnier entre les deux plus grands marchés européens, le Benelux ne fait malheureusement pas le poids. C’est cela que veut combattre la présidence luxembourgeoise. Après s’être penché sur les restrictions existantes dans les entreprises du commerce de détail, le trio va maintenant se pencher sur les entreprises «non retail», entendez par là celles de l’artisanat notamment. Là par contre, il est moins certain que les trois marchés soient dans le même bateau. Les variations des coûts de la main d’œuvre s’ajoutent en effet à celles des taux de TVA connues dans la distribution. Un paramètre supplémentaire qui risque bien de donner du fil à retordre au Benelux. Mais ne partons pas défaitistes: les RTO sont un sujet qui touchent tout le monde et qui, s’il est pris à bras le corps par le Benelux, pourrait lui permettre de sortir de l’ombre aux yeux du grand public. D’autant que les autres priorités présentées - à savoir la lutte contre le changement climatique, la transition énergétique et la numérisation, sont déjà largement mises en avant par d’autres instances supranationales que sont la Commission européenne, le GIEC ou encore l’OCDE. Cela est tout sauf illusoire. N’oublions pas que Bruxelles y est parvenu avec les frais de roaming.