LUXEMBOURG
AUDREY SOMNARD

Cela fait des mois que l’Institut luxembourgeois de régulation (ILR) se prépare à l’arrivée de la 5G au Luxembourg

Le pays a obtenu l’octroi de trois fréquences qui vont être déployées progressivement. D’après Luc Tapella, directeur de l’ILR, le Grand-Duché est tout à fait dans le temps. Le pays s’est fixé de proposer de la 5G d’un seul endroit dès 2020, puis elle devrait être disponible dans les grands axes d’ici à 2025. Ce sont seulement après des mois de négociations, des réunions au niveau mondial que le Luxembourg a obtenu trois fréquences: 700 Méga Hertz, 3,6 Giga Hertz et enfin 26 Giga Hertz. Seules les deux premières fréquences seront à disposition des opérateurs dès cette année, il faudra attendre 2020 pour la dernière. Mais si les opérateurs auront la mainmise sur les fréquences, cela ne veut pas dire pour autant que la 5G sera déployée.

L’ILR va lancer en avril une consultation publique à laquelle tous les opérateurs pourront répondre. «Si la participation dépasse le spectre des fréquences, c’est le ministre en charge qui tranchera, au moyen d’enchères ou autre», précise Luc Tapella. Les enjeux sont énormes pour les opérateurs qui veulent faire partie de la course à la 5G. C’est la nouvelle technologie dont tout le monde parle et les pays veulent être de la partie.

Les besoins sont de plus en plus grands

Avec des objets connectés, du streaming continu avec nos smartphones, les besoins sont de plus en plus grands. Pour utiliser une métaphore automobile, si la fréquence de 700 Mega Hertz est une route nationale, 3,6 Giga Hertz est une autoroute. A 700 Mega Hertz, cela garantit déjà une couverture au niveau national, assure l’ILR. Actuellement, le Luxembourg est plutôt bien loti, pas de zone blanche comme dans les pays voisins, même si le réseau est parfois compliqué en pleine forêt: «Mais il faudrait alors faire des demandes d’autorisations, faire venir de l’électricité voire de la fibre, cela n’est pas vraiment raisonnable pour quelques promeneurs», prévient Claude Rischette, chef du service Fréquences à l’ILR. Le réseau s’améliore, mais les utilisations évoluent également poursuit ce dernier: «Il y a une perte jusqu’à 30% de réseau sans antenne extérieure sur les téléphones. Et puis on oublie que les ondes passent moins bien dans les maisons passives qui sont très bien isolées. La couverture au Luxembourg n’est pas parfaite, mais elle est bonne».

La 5G s’accompagne de mythes et d’inquiétudes, notamment sur la sécurité. L’opérateur chinois Huawei est banni de plusieurs pays et suscite la méfiance. Pour Luc Tapella, le Luxembourg reste confiant: «Il n’y a pas de faille prouvée chez Huawei. Mais il faudrait trouver une solution au niveau européen, des discussions sont en cours».

Si la 5G soulève tant d’interrogations, c’est qu’on l’associe bien souvent avec les nouvelles technologies comme les voitures autonomes, notamment testées sur les routes luxembourgeoises. Or, la 5G n’a rien à voir: «Les voitures autonomes pourraient très bien fonctionner sans la 5G, aujourd’hui les voitures sont bardées de capteurs par exemple. La 5G c’est un seul élément, mais ce n’est pas la 5G toute seule qui va faire rouler les voitures autonomes. On peut imaginer un système de navigation avec des images réelles, des envois d’informations en temps réel entre voitures. Ce qu’il y a c’est que plus il y a d’objets connectés, plus il y a de risques de failles de sécurité. Ce n’est donc pas la technologie 5G en elle-même qui pose problème», conclut Claude Rischette. 

La 5G au Luxembourg

Les premiers tests en préparation

Branle-bas de combat jeudi dernier à Schengen où les ministres des Transports allemand, français et luxembourgeois ainsi que le vice-Premier ministre et ministre de l’Economie Etienne Schneider s’étaient rassemblés pour participer à la première journée test dans le cadre du projet transfrontalier pour la conduite autonome. Fin 2017, les pays avaient signé une déclaration de collaboration afin de développer ensemble des solutions de mobilité du futur. L’espace test s’étend de Merzig en Sarre, de Sarrebruck à Metz et de Metz à Hellange au Luxembourg, l’A13 vers Schengen et la Sarre étant un maillon important du circuit. C’est justement le long de cet axe que les premiers dispositifs 5G test seront installés par Post d’ici à la fin de l’année, à en croire les indications du gouvernement en réponse à une question parlementaire. A noter que Post fait partie, avec 23 autres partenaires de six pays du projet de recherche européen «5G Cross Border Control».

Doté d’une enveloppe de 17 millions d’euros, le projet vise à assurer la connectivité numérique qui permet la communication transfrontalière entre les véhicules automatisés, les infrastructures et les autres usagers de la route. Trois cas d’étude concrets sont analysés: la conduite à distance, la génération et la diffusion en temps réel de cartes en haute définition ainsi que l’évitement anticipé de collisions. Des applications qui ont besoin d’une transmission de vastes quantités de données en temps réel.

Signalons que Post n’est pas le seul acteur au Grand-Duché testant la technologie 5G: le «Luxembourg Institute of Science and Technology» (LIST) assure la gestion globale de qualité du projet «5G for cooperative connected automated MOBIlity on X-border corridors» - ou 5G-Mobix - coordonné par l'association européenne pour les systèmes de transport intelligents. L’«Interdisciplinary Centre for Security, Reliability and Trust» (SnT) de l’Université du Luxembourg est lui aussi impliqué dans ce projet et spécialement chargé de de promouvoir la recherche sur la mobilité coopérative, connectée et automatisée ainsi que les résultats qui en découlent afin d’accroître l’impact du projet dans l’UE, la Chine, la Corée du Sud et au-delà.

Le SnT est également impliqué dans l'évaluation de l’impact commercial et sociétal des résultats du projet et des applications démontrées dans les corridors transfrontaliers 5G européens et les sites d’essais. Enfin, le centre interdisciplinaire est responsable des activités portant sur l’évaluation et la vérification des vulnérabilités des communications véhiculaires dans le contexte de la conduite connectée dans le cadre du projet de recherche européen 5G-DRIVE. Le véhicule test du SnT était d’ailleurs présent à l’événement à Schengen la semaine dernière. CLK